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24 février 2015 2 24 /02 /février /2015 15:01

 


 

Il fait froid dans ces rues d'une commune grand lyonnaise dont je ne nommerai pas le nom puisque Ground Zero est une secte digne d'Anonymous ces jours-ci. Après une vingtaine de minutes de marche, je vois quelques jeunes encapuchonnés ouvrir discrètement un portail et le refermer. Voilà la porte secrète, celle qui va m'amener à cette soirée « Guitares et Pyrotechnie », fusionnant Binaire, Dope Body et PNEU. Ah, et John Niekrasz, que je n'ai pas vu mais dont le nom rapporterait une chiée de points au Scrabble. Binaire joue un rock un brin punk très synthétique, au sol, et pied au plancher. Même s'ils se qualifient de groupe « industrialpunk », le duo marseillais (guitare/synthé/basse/boite à rythme...) sait surtout mêler les calins noisy et les claques mélodiques. Si à quelques moments on pense sévèrement à un Marvin qui aurait lâché le vocoder et le trip spatial, le voyage s'avère bien plus agressif en général. Ce qui transpire, et c'est un peu le thème de la soirée, c'est que le groupe vit, mange, boit et concert chaque semaine de l'année. Aucun blanc, des rythmiques qui passent d'une balançoire à la "Atlas" de Battles à un merdier trash-punk, un gars qui déblatère 2-3 trucs au milieu, une basse épileptique : du poulet sonore aux hormones.

 

 

Passons au corps succulent du chanteur de Dope Body, un croisement improbable entre le physique d'Iggy Pop jeune, la coupe de Dominique Rocheteau trentenaire, et la moustache trop fine pour ne pas crier « hipster ». Ces quatre garçons dans le vent, perdus dans un trou paumé loin de leur Baltimore chéri, vont soulever des caissons de décibels et par là même, de bouchons d'oreille. Cavalcades noise-rock épiques, descentes free-regardez-on-tripote-nos-instruments, remontées punk-rock/fusion dans la boue : ils font un peu n'importe quoi, n'importe quand, mais pas n'importe comment. Pour être honnête, le génie du groupe est justement d'avoir l'air constamment chaotique de façon organisée. Star du show, Andrew Laumann (chant) est pourtant le plus branleur de tous : il consacre en moyenne 30 secondes à brailler et le reste du morceau, à évacuer les mouches fictives qui le harcèlent. Quelques fois, il se pose en éfigie pour que les filles regardent son ventre galbé, des étoiles et quelques grammes dans les yeux. Derrière, c'est le turbin : David Jacoby (batterie) fait la pieuvre en 18 positions sans s'arrêter, le gratteux essaye de marier Rage Against the Machine et Melt Banana, et le bassiste se démène pour arrondir les angles avec le son le plus « amical ». Chaque morceau excite un peu plus le public, et partant du plus criard pour amadouer le jeune underground, le groupe arrive au final à faire avaler la quasi-pop « Road Dog ». Heureusement, le groupe met fin à tout débat avec l'incroyable et violent « Leather Head ».

 

Même pour notre géant du noise-math-rock national PNEU, il n'est pas facile de prendre la suite d'une telle déflagration « à l'américaine », cheveux soyeux et têtes d'anges. Le début de leur concert est brutal, et peut-être la fatigue ou la chute d'adrénaline rendent ces 20 premières minutes juste « bonnes ». J'ai trouvé : j'étais derrière les enceintes, il fallait que j'aille emmerder les gens de l'autre côté pour avoir une meilleur perspective. Me voilà revenu dans le PNEU, celui du cercle qui saute à chaque coup de caisse claire de JB, ou crie quand Jay lâche sa guitare une demie-seconde pour monter la tension. Les titres du dernier album au doux nom de « Destination Qualité » sont mêlés à ceux d'Highway to death, même si je vous l'avouerai de suite : rien ne ressemble plus à du PNEU que du PNEU (et les noms des titres sont in-retenables).

La deuxième partie du concert, celle loupée par les gens qui rentrent en transport en commun, est hélas pour eux bien au dessus. Le public a retrouvé ses esprits, sa bière, mais le groupe a aussi retrouvé un peu de relief avec des titres moins « insaisissables ». Le groupe est à son meilleur quand il trouve la balance entre efficacité et provocation, et ce « sweet spot » est atteint pendant une petite demie-heure, rappel et douche comprise. Un demi-orgasme, c'est mieux que rien.

 

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