Mercredi 16 septembre 2009
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Brooklyn railway
Sufjan Stevens a toujours voulu être plus qu'un songwriter, au travers de sa discographie ambitieuse (Sa décision de faire un
album par état des USA à partir de Michigan), de son appetit grandissant d'orchestrations (Illinoise et ses envolées pop-symphoniques), puis de ce projet un peu fou: composer une pièce musicale pour la Brooklyn Academy
of Music pour le Next Wave Festival en 2007. Ensuite, silence radio, à part s'occuper de son label (Asthmatic Kitty), Stevens n'annonce aucun
travaux personnels. C'est cette année qu'il décide de publier cette grande épopée sous la forme d'un cd, un dvd, et une bande-dessinée.
Pour comprendre le pourquoi de cette pochette, il faut savoir que le concept de cet album est de rendre hommage à la construction du Brooklyn-Queens Expressway (BQE donc), sorte d'énorme plan de construction routière, qui a
permis de mieux désservir les deux circonscriptions New-Yorkaises, mais qui a aussi fait face a nombre de problèmes administratif, de construction, et à la colère des habitants qui ne
souhaitaient pas voir le paysage défiguré. Tout cela de 1937 à 1964, soit presque 30 ans pour 15 km de béton et de bitume.
Mais depuis c'est le passage obligé de bon nombres de travailleurs le matin, là où les véhicules des plus aisés et des plus pauvres se mêlent, se croisent au dessus
de Brooklyn. Ce fourmillement incessant est un point de départ pour que Sufjan Stevens compose une oeuvre majoritairement influencée par la musique classique (Gershwin, Wagner) qui donne de la personnalité à ce "monument" de béton qui au départ n'avait aucune prétention esthétique. Ce sont
ceux qui l'empruntent qui offrent un peu de leur âme sur le chemin du boulot, quand ils vont voir leur famille, où lorsqu'ils emmènent leurs enfants à Prospekt Park le week-end. Le réveil de
cette fourmillière, au levé du soleil, prend aux tripes par sa douce splendeur (Introductory Fanfare for the H, Movement I, Movement II).
L' Interlude I propage un sentiment d'apaisement et de quiétude le long de la quatre-voies comme si la route ne menait que vers des jours meilleurs, puis le trafic
reprend ses airs enjoués, s'amplifiant peu à peu jusqu'au rush de midi, lorsque les embouteillages étouffant font perdre la tête sur une electronica qui retourne les neurones (Movement IV:
Traffic Shock). La fin de journée est assommante mais la vision de ces immeubles si hauts et semblables au loin, comme des colosses geants, et de ces panneaux d'affichages clignotants, énormes,
vous donnent l'impression d'arriver sur l'avenue de Broadway, et vous commencez à vous imbiber de l'atmosphère (Movement V: Self Organizing Em).
Pourquoi ne pas tenter d'aller au Dance-Hall ce soir, un grand spectacle semble se préparer (Interlude II: Subi Power Waltz, Interlude III: Invisible Acid). Les
danseurs déguisés en ouvriers, femmes au foyer, hommes d'affaire, étudiants, de toutes origines, arrivent dans la salle
et tournoient autour de la maquette du BQE de plus en plus vite pour ne plus former qu'un flot continu de voyageurs, un arc en ciel qui emprunte cette voie express entre les coeurs (Movement VI:
Isorhytmic Night, Movement VII (finale): The Emp). Sufjan Stevens reprend la patte du chef d'oeuvre Illinoise
en mêlant cordes resplendissantes et cuivres vibrants pour nous conter une histoire de tous les jours, celle de la vie des habitants de Brooklyn, quand
l'ordinaire devient extra-ordinaire en prenant un peu de hauteur.
www.sufjan.com
Par Hank
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Publié dans : Chroniques d'albums
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