Partager l'article ! St Vincent - Strange Mercy: Insaisissable Annie Clark, alias St Vincent, a créé en deux ...
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Insaisissable
Annie Clark, alias St Vincent, a créé en deux albums (Marry Me et Actor) une signature pop pour elle tout seule, oui, rien que ça. Un mélange de la folie lyrique de Kate Bush, avec la candeur orchestrale de Sufjan Stevens (pour lequel elle a été musicienne), et la capacité d'être avant-gardiste en gardant ses auditeurs fascinés (Bjork ? avant). Si Actor était inspiré, selon les termes de Clark, de dessins animés comme Le Magicien d'oz et Blanche Neige, donnant un environnement quasiment enchanteur à sa folie, Strange Mercy revient à un style plus rock, avec des guitares plus acérées, et des paroles toujours aussi énigmatiques, inquiétantes.
L'ouverture de l'album, "Chloe in the afternoon" (référence au film de Rohmer), est menaçante, une berçeuse de maniaque qu'on verrait bien dans Shining, basculant entre synthé lunaire et riffs à couper au couteau. On se croirait presque au paradis de la normalité lorsque résonne "Cruel", titre le plus pop écrit par Clark, avec son refrain disco entêtant. La sensualité de "Cheerleader" sied parfaitement à cette histoire de manipulatrice lassé de sa fausse candeur. Ses "I, I, I, I don't wanna be a cheerleader no more" sonnent comme une déclaration d'indépendance. Et si on ne parlait pas d'un personnage mais de la vraie Annie, au physique sage, mais à l'esprit détraqué ?
Rien ne va mieux chez le psychologue, sur "Surgeon", où on ne sait pas si elle parle de problèmes sentimentaux ou
physiques: "I spent the summer on my back, another attack, steal you just to get along". "Northern Lights" fait penser à Goldfrapp qui aurait été kidnappée par un groupe de Noise-rock, et
bénéficie d'un final littéralement jouissif et possédé. "Strange Mercy" plonge dans le noir et interloque: "If I ever meet that dirty policeman who roughed you up, No I don't know what", tout
comme "Neutered Fruit", et son obsessionnel "Did you ever really stare at me ?". Le monde de St Vincent est celui de personnages perdus, contradictoires ou
lassés de jouer leur rôle. Sur "Champagne Year", nous avons le prototype: "I'll make a living telling people what they want to hear (...)" déclare-t-elle pour préciser ensuite: "It's not the
perfect plan, but it's the one we've got". Dans "Hysterical Strengh" on est englouti sous des montagnes de guitares au delay épais, à la fermeture du club de Mulholland Drive de Lynch.
La magnifique ballade cloturant l'album, "Year of the tiger", est étonnament terre à terre, en traitant de l'économie américaine en berne: "Living in fear of the tiger
(...) Oh America can I owe you one ?". On atterit en douceur d'un voyage au pays des extrêmes sur une note d'amertume.
Strange Mercy est un album exigeant, peut être plus que Marry Me et
Actor, tandis que St Vincent affirme sa (ses) personnalité(s) bipolaire(s) et commence à échapper quelque chose de plus intime qu'elle ne veut le
faire croire, dans ses textes cryptiques, enrobés par des mélodies tantôt accueillante puis effrayantes, et des rythmiques paranoiaques. C'est une nouvelle étape dans la carrière quasi sans faute
d'Annie Clark, et un des meilleurs albums pop de l'année.
Label: Beggars Banquet
Sortie: 4 Octobre 2011
album en écoute intégrale sur NPR
http://www.npr.org/2011/09/04/139946514/first-listen-st-vincent-strange-mercy