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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 12:59

Se prendre pour Jean-Pierre Gaillard

 

2011 a été une année assez peu excitante musicalement: peu de groupes prometteurs (Youth Lagoon, Blouse, Yuck ?), des formations qui stagnent (The Horrors, Raveonettes, The Kills) , et des valeurs sûres qui s'effondrent (PJ Harvey, The Strokes, M83). Une année de transition où personne n'a réinventé la roue, et où on avait souvent l'impression d'une frilosité et d'un manque d'idées chez les artistes et groupes déjà installés (à part pour Metallica VS Lou Reed mais là on s'en serait passé), comme si la "crise" leur avait fait perdre l'inspiration. En regardant les tops albums rock à droite à gauche (NME, Pitchfork, Consequenceofsound, Uncut, Q), on sent une certaine uniformisation, signe de la baisse du nombre de découvertes musicales cette année: quand le buffet n'est pas varié, tout le monde bouffe la même chose. Sur ces considérations macro-économico-mediatico-gastronomiques à 10 cts d'euros, voici cinquante albums qui méritaient votre attention cette année:

 

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1/ Noel Gallagher - High Flying Birds

On a beau lui en vouloir un peu d'avoir laissé tomber Oasis pile lorsqu'ils remontaient la pente (avec de bonnes raisons), Noel a prouvé qu'il pouvait se débrouiller en solo avec High Flying Birds. Plus libre de prendre des risques (la pop à la Texas de "Aka What a life"), plus confiant pour déployer son chant (l'imparable "Death of you and me"), il fait tout en grand, et signe parmi ses plus beaux morceaux tout simplement ("If I had a gun", "Everybody's on the run"). Une leçon de songwriting.

 

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2/ Kurt Vile - Smoke Ring For My Halo

C'est le quatrième album de Kurt Vile, et pourtant pour la majorité d'entre nous, c'est comme si le gars venait d'apparaître et de nous illuminer de son delta-blues electrisant et associal, comme un Springsteen qui aurait tourné grunge. Une raison simple: il passait une grande partie de son temps jusqu'à 2009 avec War on Drugs, très bon groupe de rock-shoegaze, et ses premiers disques étaient inégaux car un peu baclé. Avec sa gueule d'homme des cavernes, il balance coup sur coup des pépites mélodiques où il marmonne -comme prisonnier de ses pensées- les réflexions d'un homme qui doute de sa place dans le monde d'aujourd'hui: "Puppet to the man", "Society is my friend", "In my Time". Un disque sur lequel on passe du temps, on découvre des bribes de paroles qui nous échappaient, on entend une guitare qui était cachée, un détail qui nous rend chaque écoute passionnante. Mais on reste surtout fasciné par le charisme du monsieur, qui a tout pour reprendre les rennes de la folk américaine.

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3/ St Vincent - Strange Mercy

Annie Clark a fait aussi une percée cette année, chose assez incompréhensible car Strange Mercy est surement son album le plus étrange et skyzophrénique. Elle s'écarte un peu plus de la féérie de Marry Me et Actress, et continue d'expérimenter, défigurant ici le disco et là l'electro-pop ("Cruel", "Northern Lights"). Un album bipolaire où sa voix angélique et les arrangements (choeurs, violons, cuivres) basculent au gré d'une guitare tronçonneuse et de synthés dérangés. L'équilibre entre titres catchy et titres plus osés fait de Strange Mercy le meilleur album de Melle Clark, et le plus surprenant de l'année.

 

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4/ EMA - Past Life, Martyred Saints

Erika Anderson, sortie d'une rupture avec son mec (dans le groupe drone Gowns), sort un "brulôt" rock-noisy rempli à ras-bord de haine du genre humain et de lamentations. La blogosphère s'emballe, et, en retard, les journalistes pro la descendent à la vue de ses clips tape-à-l'oeil et de son paroles immatures. L'album fonctionne sur ce principe: une fille décide de cracher sur son enfance, la Californie, son mec, puis elle-même, puis regrette tout et donnerait tout pour quelques secondes de sa vie d'avant. Une vieille ado qui ne sait pas où elle va et ce qu'elle veut, mais exprime ses doutes et son innocence avec ce qu'il faut de riffs arides (Pj Harvey, Scoutt Niblett comme modèles) et de sincérité pour conquérir le monde. Chronique ici

 

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5/ Girls - Father, Son, Holy Ghost

On en a parlé, en chronique, dans le top 50 morceaux 2011, ce Father, Son, Holy Ghost est un album quasi parfait, pour un groupe qui ne m'avait pas vraiment marqué sur leur premier essai. Le chant se fait plus fragile, les mélodies plus rassembleuses, empruntant autant à la pop 60's (Buddy Holly) que 70's (Pink Floyd) pour redonner du sens à des traditions dites "ringardes" comme le slow langoureux ("My love is like a river"), la déclaration d'amour grandiloquente ("Vomit"), et la ballade dédicacée à maman ("Myma"). Chris Owens garde un peu le coté tête à claque ("Honey Bunny") mais passe le plus clair de son temps à chercher l'amour "le vrai" ("Forgiveness", "Just a song"). Un disque mièvre mais touchant, fleur bleue mais classe, aux airs évidents, mais qui relève de l'orfèvrerie musicale. chronique ici

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6/ Ty Segall - Goodbye Bread

A l'heure où on cherche de façon obsessive le "nouveau son du futur de la pop-music" (les effroyables Wu-Lyf ?), un type fait dans son coin le plus beau boulot de revivaliste des deux-mille-tizes en dix titres au psychédélisme 60's baignés dans un fuzz poissard. "Goodbye Bread", "You make the sun fry", "My head explodes" sonnent déjà comme des classiques. Ty Segall n'en oublie pas de jouer avec le schéma couplet-refrain pour mieux brouiller la piste du simple artisan nostalgique ("Fine"). Pas de grandes ambitions, mais de grandes chansons, c'est le principal.

 

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7/ Zola Jesus - Conatus

Agaçante diva pour certains, déesse d'une "dark-wave" (?) aussi personnelle qu'héroique pour d'autres, Zola Jesus ne s'est pas fait d'amis avec Conatus, en prolongeant les travaux entrepris sur Stridulum II: production clinique, efficacité pop, et élans lyriques. Ici, elle peaufine ses rythmiques industrielles ("Vessel"), ose illustrer son malaise sur le dance-floor ("Hikikomori"), et commence à se découvrir de vrais talents d'interprétation en gérant sa puissance vocale ("Skin"). Un disque qui envoûte et tient en haleine, même lorsque les ficelles sont très grosses. Pour moins de grandiloquence, voir le dernier Chelsea Wolfe, aux titres plus sombres et aux sonorités plus organiques. Chronique de Conatus ici

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8/ Ron Sexsmith - Long Player, Late Bloomer

Mon pêché guimauve de 2011, c'est le canadien dépressif mésestimé et sacrément moche aujourd'hui, Mr Sexsmith. Long Player, Late Bloomer reprend les grandes lignes qui parcourent sa discographie: mélodies claque-doigt, balades pour rocking-chair, pop de papy, rock de réac. Il sait faire sa sauce et si vous en prenez une cuillère, vous deviendrez pendant 3-4 min aussi abruti et heureux que Ted d'How I Met Your Mother qui tombe amoureux toutes les semaines. C'est plein de punch-lines que Sinatra aurait même pas osé faire genre "I'll have to call you back, I'm in the middle of love". "The reason why", "Believe it when I see it", "Love Shines", tout ça pue le veston à carreaux en laine de mouton, et la soupe aux légumes. Mais tout ça pue la classe aussi. Vous comprenez pas ? Ringard is the new Hype.

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9/ La Dispute - Wildlife

Après la chronique dithyrambique que je leur ai fais il y a quelques semaines, je ne vois pas quoi rajouter: ceci est un album de post-hardcore, ceci est un album poignant, récit de plusieurs faits divers américains par l'intermédiaire d'un chanteur abordant religion, criminalité, pauvreté, et autres joyeuseries, criant sa rage à tout bout d'champs, se remettant en cause, déballant son sac avec une verve incroyable, et toujours juste, jamais forcée. Le mec est clairement à la phase "est ce que l'humanité existe encore ?". Un groupe qui dépose ses tripes sur le buffet, cisaille ses rythmiques, groove sans temps morts. Une claque monumentale et surtout un des rares disques cette année qui fout les frissons par sa puissance émotionnelle.

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10/ Smith Westerns - Dye it Blonde

Un disque qui au départ devrait me faire fuir: mélodies et paroles sirupeuses, du synthétiseur (et des guitares qui sonnent presque pareil), un chanteur à la voix de minet et une production bubblegum à vous transformer en roudoudou aux premières secondes de "Still New" et son kitshissime "I wanna tell you you're hard to resist". Seulement quoi ? C'est un exutoire parfait à la morosité ambiante et aux groupes toujours plus lo-fi, toujours plus garage, toujours moins intéressés par l'art délicat de la chanson. Ils ont les solos qu'on rejoue inconsciemment les mains vides (le pont de "Still New", "Imagine Pt 3") et les refrains qui vous bouffent les lèvres ("Only One", "All Die Young", "Fallen in Love"). De la musique de bal de promo, qui fait appel à l'innocence des "premiers baisers". Et pour finir de vous effrayer, sachez que les Smith Westerns ont la capacité de vous faire aimer Elton John, vous flippez là hein ?

 

11/ Bjork - Biophilia

12/ Atlas Sound - Parallax

13/ Yuck - Yuck

14/ Mastodon - The Hunter

15/ James Blake - James Blake

16/ Emily Barker and the Red Clay Halo - Almanac

17/ Fleet Foxes - Helplessness Blues

18/ Colin Stetson - New History Warfare Vol 2: Judges

19/ Deus - Keep your Close

20/ Liturgy - Aesthethica

 

21/ Beirut - The Rip Tide

22/ Wooden Shjips - West

23/ Radiohead - King Of Limbs

24/ Thee Oh Sees - Castlemania

25/ Trail Of Dead - Tao of the Dead

26/ Decemberists - The King is Dead

27/ Washed out - Within and Without

28/ Black Keys - El Camino

29/ Laura Marling - A Creature I don't know

30/ Low - C'mon

 

31/ 93 Million Miles from the Sun - Northern Sky

32/ Dum Dum Girls - Only in Dreams

33/ Johnny Foreigner - Johnny Foreigner VS everyone.

34/ All Pigs must die - God Is War

35/ Metronomy - The English Riviera

36/ Blouse - Blouse

37/ Youth Lagoon - The Year of Hibernation

38/ Tv on the radio - Nine types of light

39/ King Creosote and Jon Hopkins - Diamond Mine

40/ War on Drugs - Slave Ambient


41/ The Do - Boths ways open jaws

42/ Marissa Nadler - Marissa Nadler

43/ The Living Kills - Faceless Angels

44/ Eleanor Friedberger - Last Summer

45/ Feist - Metals

46/ Jay Mascis - Several Shades of Why

47/ The Kills - Blood Pressures

48/ Caveman - Coco Beware

49/ Arctic Monkeys - Suck it and see
50/ Foo Fighters - Wasting Light

 

Merci à toutes les personnes qui sont venues sur ce blog, et celles qui sont revenues malgré les nombreux moments "sans posts", j'essaye d'être un poil plus régulier en ce moment : ) Bonne année musicale 2012.

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