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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 19:11

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Ambassadeurs de l'histoire pop

Les premiers avertis ont connu le duo californien Foxygen sur un premier album/ep nommé Take The Kids Off Broadway, un voyage au pays de la parodie et la révérence pop, où l'on pouvait entendre un sosie d'Elvis, des choeurs 60's, une gouaille à la Mick Jagger et une poussée d'héroisme glam-rock selon l'humeur du groupe. Cela pouvait s'avérer jouissif comme agaçant, un peu comme un cover-band boulimique de travail (cf: les 10 min de "Teenage Alien Blues"). Cette suite rapidement compilée, We Are The 21st Century... risquait à ce titre de dévoiler aux yeux du monde un groupe-farce, une blague de courte durée.


Sauf que, Foxygen est un duo de petits malins, et ici ils réussissent le grand écart des influences (de Bob Dylan aux Cramps avec un high-five aux Flaming Lips, athlétique non ?) avec l'aplomb de la jeunesse. "In The Darkness" reprend là où "She's Like a Rainbow" des Stones s'arrêtait avec une dose de classic-rock bien américain, la balade crooneuse "San Francisco" met en valeur la voix de Sam France au naturel à travers une histoire d'amour perdu mais sans nostalgie, et "Shuggie" rapproche le groupe de son principal concurrent venu du rétro-futur, MGMT, dans un registre plus décontracté (la répétition "She don't love me, that's news to me").

 

On pourrait quasiment parler de psychédélisme tellement We Are The 21st Century... semble planer dans toutes les directions, comme un opéra-rock qui n'aurait pas de limite. On sort de cette machine à troubler l'espace-temps avec une certaine confiance en l'avenir de cette pop gourmande qui n'a peur de rien, confisquant aux décennies ses meilleures gimmicks pour construire ses propres hymnes. Rien d'honteux quand on a le savoir-faire.

8/10

Label: Jagjaguwar

Sortie: 21 Janvier 2013


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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 18:19

Ok, ce blog est une sorte de chaos intégral, mais c'est pas pour ça qu'un second agenda de concert janvier-février 2013 des concerts à voir dans notre belle cité des lumières (©Gerard Collomb) n'est pas nécessaire. Une fois de plus on va tenter de privilégier l'underground, la découverte, en saupoudrant de quelques plus gros noms qui méritent de puiser dans son PEL (ou son livret jeune, si tu l'es encore, sale jeune).
C'est parti:

 

Holograms @ Sonic le 20/01/13

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Ma grand-mère est malade, mon chien est mort, ma meuf m'a quitté, j'ai le boulot demain: AUCUNE excuse ne pourra être acceptée pour louper la découverte punk 2012. Un chanteur au fond d'un égoût à la gouaille british (pourtant ils viennent de Stockholm, allez comprendre), des guitares noisy crasseuses juste à point, une basse tendue comme un slip sale et une couche de synthé vrombissant pour la touche pop: la recette fait mouche à la première écoute, et à la centième. C'est leur première fois à Lyon, c'est dans une péniche plus petite que ta colocation, donc le public et le groupe seront chauds comme des patates.

Prévente 8 euros sur YesGolive // 10 euros sur place . Event Facebook

        

 

Aline (+ Motorama) @ Marché Gare 05/02/13

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Aline, si vous n'avez pas vu leur couverture de Magic ce mois-ci, et si vous ne les croisez pas au détour d'une édition des Inrocks, d'une chronique sur France Inter, ou autre média qu'on appelle rapidement "bobo", c'est le buzz français de 2013. Mais les anciens Young Michelin sont bien plus qu'une hype: grace à leur premier album Regarde Le Ciel (chroniqué ici) ils offrent la confirmation qu'ils sont le croisement parfait des Smiths, Daho, The Cure et qu'ils renvoient même au tapis les derniers prétendant à la pop 80's de nos contrées. Les paroles sont intelligentes, simples et justes, les refrains sont des ravissements extatiques, tout est clair rapidement: on peut enfin être d'accord avec l'intelligentsia qui se pâme au Midi Festival l'été. Si vous n'êtes pas convaincus, un live acoustique qui pue la classe internationale juste en dessous.

10 euros pour les abonnés Marché Gare // 12e en prévente Digitick // 14e sur place

          

 

Le Singe Blanc (+O) @ Kraspek Myzik 28/01/13

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Le Singe Blanc (Metz) est une association de cavalcades post-punk indirectement dansantes, souvent bien barrées, crée par trois énergumènes sans véritable notion du bon, ou même du mauvais goût. C'est comme danser le kazachok sur du Faith No More, ou écouter un vinyle de Fugazi rayé à la mauvaise vitesse, c'est étrangement libérateur et pourtant sacrément ridicule à première vue (d'ailleurs ils s'étiquettent "zouk-core", LAULE). Quand l'efficacité et l'énergie l'emporte sur la classe dans le monde des basses virulentes et des batteries frigides, Le Singe Blanc siège sur un trône, en peignoir, le middle-finger levé.

6 euros (+2e pour la carte de membre Kraspek)

          

 

Wave Machines @ Epicerie Moderne, Feyzin 12/02/13

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Comment survivre à cet Hiver bi-polaire qui provoque le nervous-breakdown de tout un chacun (souviens toi de ton 24 décembre en t-shirt et ton 1er janvier en pull en laine) sans un peu de pop chaloupée avec falsetto disco ? Rajoutez à la sauce une basse et une batterie funky et vous coulisserez votre tête comme un Jim Carrey tentant de pécho la première blondasse à l'horizon. Wave Machines, de Liverpool, promettent de ne pas ramener la pluie dans nos coeurs mais un peu de chaleur dans nos bassins.

Offert aux adhérents / 12 euros en préventes / 14 sur place

 

Mono (+ Dirk Serries Microphonics) @ Epicerie Moderne, Feyzin 19/02/13

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Mono est le pilier du post-rock japonais, d'ailleurs c'est un pilier du post-rock tout court. Le vrai, celui qui te fait chouiner ta maman un joint à la main et le regard perdu dans ton écran d'ordinateur qui ne fait plus aucun sens. Mono, c'est de la tendresse, un piano majestueux et des montées de guitares comme un coeur soulevé par la beauté de l'Himalaya, c'est une aventure épique qui ne laissera passer que les âmes les plus sincères dans son tourbillon de grandeur et d'espoir. Bref, Mono, en live (et prenez moi pour témoin, les ayant déjà croisé il y a quelques années), c'est autrement plus épique que le Seigneur des Anneaux ou Game Of Thrones. Un concert en mode catharsis et expiation des pêchés qu'aucun fan de prenage aux tripes ne peut louper.

9 euros pour abonnés / 11 en prévente // 13 sur place

          

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Published by Hank - dans Les news
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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 16:41

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Crève-coeur

A peine un an après son départ surprise de Girls (formation indie-rock de San Francisco) au sommet de son succès en 2011 avec l'excellent second album Father, Son, And Holy Ghost , Christopher Owens s'aventure en solo. Mais loin d'une escapade cheap pour capitaliser sur le buzz, Lysandre est le disque d'un artiste libéré et maître de ses ambitions. Flûte traversière, saxophone, choeurs féminins, guitares surf, airs médiévaux et même un instrumental ska (le Gainsbourien "Riviera Rock"): la seule règle ici, c'est le récit. Lysandre est une fille que le chanteur a rencontré lors de la première tournée de Girls en Europe et le disque raconte cet amour impossible séparé par l'Atlantique.


On est toujours bluffé par la fragilité et la sincérité du chant de Chris Owens, qu'il tente de convaincre sa dulcinée de la suivre à New-York avec une ballade rock 70's éblouissante ("Here We Go"), ou retourne à ses lamentations folk d'une pureté qui transpercerait le coeur d'un Yeti ("A Broken Heart"). Pour souffler au milieu d'un constat d'échec sentimental pesant, Chris décide sur "Love is in the ear of the listener" de s'auto-critiquer dans un texte (volontairement?) cocasse: il se demande si les gens le croient sincère, s'il n'écrit pas trop de chansons d'amour, s'il ne devrait pas parler de la mort et ainsi de suite ...


C'est une touche de recul qui ne fait que rajouter à la sympathie d'un personnage qui n'a jamais rien à cacher. Lysandre ne se départ pas énormément du style de Girls, mais il est surement le disque le plus personnel de Christopher Owens, qui continue à utiliser les codes classiques de la pop à guitare avec un feeling surnaturel. Il confirme en une trentaine de minutes qu'il est destiné à trôner chez les grands songwriters des années 2000 et au delà.

8/10

Label: Turnstile

Sortie: 14 Janvier

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Published by PallMall - dans Chroniques d'albums
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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 11:11

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2013 mon amour

Young Michelin, aujourd'hui renommé Aline (suite à une menace du Bibendum) était un secret d'initié il y a 2 ans alors que leur premier disque, une démo 4 titres sans nom, faisait son chemin dans les petits squats, bars, salles de concerts underground. Le plaisir est double dans ce premier album d'Aline. Tout d'abord, la vague pop 80s française des dernières années (Lescop, François And The Atlas Mountain, La Femme) commence à gonfler quiconque apporte un brin de valeur à ce qu'on lui chante, et c'est donc un soulagement d'entendre un groupe qui sait faire une phrase en français. Ensuite, il y a le plaisir de constater qu'avec ça, la musique n'est pas enfouie derrière un chanteur-héros, cas typique de toute production en français. Les années 80 françaises n'ont pas fait beaucoup de survivants, et pour cause, comme les groupes pré-cités, ils écrivaient souvent des textes abscons, faussement étranges, ou sacrément débiles, et délibérément incompréhensibles.

 

L'idée donc, c'est que Regarde Le Ciel, malgré l'avalanche de publicité qu'il va recevoir, est un disque important pour la pop française des années 2000. Ecoutez par exemple "Je Bois Et Puis Je Danse", le single: c'est une balade disco chaloupée sexy et pourtant elle raconte le trouble de n'importe quel garçon émasculé de ce siècle, c'est assez magique. Il y a "Teen Whistle" qui débute en instrumental rêveur pour dérouler une recette bondissante façon Cure de "Boys don't Cry" jouissive où Romain Guerret chante, noyé dans une marre de guitares teenage "Sans vos bras pour m'enlacer, sans vos yeux pour me rassurer je penche, je tombe, encore". Ici on mêle poésie et légèreté avec une aisance miraculeuse. C'est aérien, saisissant, et surtout terriblement sincère. 

 

Que l'on goûte à l'ambiance mélancolique de fin de Boum sur "Il faut partir", ou du tube ultra Smiths-ien de l'époque Young Michelin "Elle M'oubliera", c'est la production qui éclate aux oreilles en premier. Le son est cristallin, la voix de Romain habillée d'un écho juste assez surréaliste pour laisser les compositions se fondre dedans, sans que le propos perde de sa force. Du grand art que l'on doit d'après leur bio à Jean-Louis Pierrot, qui a bossé pour Daho, Bashung, et Miossec. Regarde Le Ciel sort un 7 Janvier, et pourtant on est déjà sûr à son écoute, qu'il sera dans le top 2013 de tout amateur de mélodies fines et textes intelligents.

9/10

Sortie: 7 Janvier 2013

Label: Idol

Site Officiel d'Aline

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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 19:33

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Oui, je sais, la plupart d'entre vous ont déjà du se taper 15 listes d'albums préférés 2012, quasi toutes les mêmes (cette année la règle est de mettre Kendrick Lamar, Frank Ocean, et l'horrible Grimes dans le top 10), et peut-être pour les plus persévérants, quelques suites de noms complètement inconnus à peine présentés, voire totalement inconnus et improbables. Oui, on appelle ça "l'autre extrêmisme musical". Ici, les publications se sont fait rares cette année alors il est autant question de rattraper le coup que de proposer autre choses que des groupes/artistes dont on vous a rabaché les oreilles.

Voila donc 10 albums de 2012 dont vous avez peu/pas entendu parler, qui sont tous très bons, voir foutrement appréciables, chroniqués juste assez pour en avoir une idée.

1/ Merchandise - Children Of Desire (Best Of 80-90s // Jagjaguwar)

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Children Of Desire est un disque génial car il plagie tellement à droite à gauche qu'on arrive plus à savoir quelle étiquette donner: Shoegaze-pop ? New-wave ? Post-punk spatial ? C'est un disque qui ne respecte rien: 6 titres, de 2 à 11 minutes, une envolée à la Hawkwind ici (“Become What You Are”), une version Indus des Smiths là (In Nightmare Room), personne n'en sortira blasé. Le chanteur est merveilleusement grave, les guitares vicieuses, la batterie groovy et pourtant glaciale, l'ambiance caverneuse mais gracieuse. La Floride, nouvel eldorado du trans-genre ?

 

2/ Peace'd Out - Peace'd Out EP (Neo-Metal/Post-Hardcore/Mieuxquesonétiquette // Sirene Records)

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Là, ne dites pas qu'on vous a pas prévu dans la petite parenthèse au dessus: c'est de la musique pour jeune frustré ou énervé, ou les deux. Des riffs bondissants à la And So I watch you from afar en plus menacant, un son qui a la bonne idée d'alterner grosse tranches mélodiques et coups de burin sympas (le coté néo de l'affaire), la technique est là, le chant hurlé mais humain (on pense à Chino Moreno des Deftones à ses débuts) , et la batterie math-core pimente bien l'affaire (c'est pas Converge mais ça envoie). On appréciera la production très brut de décofrage et la concision générale, pas besoin de plus de 2 minutes pour foutre un public en charpie. Bien pensé.

 

3/ Ex Cult - Ex Cult (Punk/Hardcore // Goner Records)

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Le punk sera à la mode en 2013, j'y crois. La jeunesse fan de rock indépendant se met bien à écouter des mixtapes de rappeurs quasi inconnus et des albums de black-metal bio, alors à force, on reviendra forcément au plus sauvage. Lorsque ça arrivera, Ex-Cult (jeunes gars de Memphis, Tennessee) sera l'arc-en-ciel magique rejoignant le monde de Jello Biafra et celui des Black Lips. Grossièrement, ils jouent du hardcore avec un son garage-rock (l'album est produit par Ty Segall au passage), ce qui donne une sauce accrocheuse, fédératrice, avec ce qu'il faut de rage pour garder la fête dangereuse. Ca transpire, c'est brouillon mais délicieux, et c'est ce qu'on veut.

 

4/ Shrag - Canines (Indie-rock // Fortuna Pop! Recordings)

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Encore une raison de ne pas renier l'Angleterre quand on parle de rock bruyant. Le troisième album de Shrag est une suite de chansons de type indie-rock de genre très bien pensées, construites, de style basse devant, guitare en embuscade, batterie pointilleuse. A l'instar de leurs compatriotes de Joy Formidable, Shrag arrivent à compresser les références 90's (on sent un brin de Pixies et Breeders recouvert de pop) en gardant une grande fraicheur. Canines est un disque garanti sans prise de tête, sans prétention mais pas sans ambition.

 

5/ Tamaryn – Tender New Signs (Pop Shoegaze de mirage // Mexican Summer)

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On avait chroniqué il y a quelques temps dans ces colonnes le magnifique The Waves de Tamaryn, chanteuse Neo-Zelandaise exilée à San Francisco. Un disque beaucoup plus massif et lumineux que Tender New Signs. Mais cette seconde livraison possède des charmes différents: production shoegwave (non ça n'existe pas), une reverb plus clean sur la voix d'ange de la demoiselle, des guitares en cache-cache terriblement bien amenées. On a envie de parler de “tubes” pour des titres comme “While you're sleeping” ou “Prizma” que les gars de Jesus And Mary Chain auraient aimé écrire ...

 

6/ Beth Orton – Sugaring Season (Reine folk d'avant // Anti/Epitaph)

http://ecx.images-amazon.com/images/I/5161uCLFt2L._SL500_AA280_.jpgGloire oubliée des années 90, Beth Orton, à l'entrée de sa quarantaine, revient après 6 ans sans album. Personne n'aurait bronché, surtout moi (je ne connaissais la belle que de nom), si le single “Magpie”, délicieuse ballade folklorique anglaise, mystique et grâcieuse, n'avait appelé à plus de recherche. Pour la pionnère de la “folktronica” à l'époque ou cette expression sonnait encore plus ridicule, c'est carrément une opération de retour à la terre: simple, épuré, mais surtout apaisé. A cette âge là on ne parle plus de maturité mais de sagesse.

 

7/ The Wilderness Of Manitoba – Island Of Echoes (Gentils barbus // Pid (import) )

http://aux-www.s3.amazonaws.com/wp-content/uploads/2012/07/The-Wilderness-of-Manitoba-Island-of-Echoes.jpgLes canadiens de Wilderness Of Manitoba font du folk-rock des grands espaces, avec un sac à dos, un coucher de soleil, un poème naturaliste et des voix légères comme le ciel. Des gens simples et talentueux, des potes mélodiques de Port O Brien, Desert Noises, et toute une tripotée de groupes de hippies qui veulent juste vous embellir le quotidien, et ambiancer vos road-trips en forêt. Island Of Echoes, c'est un bon pote avec qui on boit une bière et on rêve de demain.

 

8/ Dylan Leblanc – Cast The Same Old Shadow (Crooner Country déprimé // Beggars Banquet)

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S'il y a une voix parmi les plus sous-estimées ou simplement mal “marketées” aux USA en 2012, c'est celle de Dylan Leblanc. Un timbre qui prend directement à la gorge, une sorte de Jeff Buckley version cowboy solitaire, capable de transformer quelques mots en or, mais aussi de se déployer pour filer des frissons. Ce second album est plus sombre que Paupers Field, et à 22 piges, Dylan arrive déjà à écrire un disque d'americana de quarantenaire: la mort, le désespoir, la nostalgie hantent ses pensées. En permanence dans un brouillard de reverb les compositions sont bercées de pedal steel, de piano et claviers à fleur de peau et de lyrisme, de violons aux sanglots longs. Tout cela mis en branle par une batterie de cabaret à 3 heures du matin, titubante. Un disque qui demande du temps, une lumière tamisée, et pourquoi pas un whisky.

 

9/ Regina Spektor – What We Saw From The Cheap Seats (Anti-folk mainstreamisée // Sire)

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Régina avait un peu déconné sur ses deux derniers albums, et on aurait pu croire que son contrat chez Warner Music l'avait rendu toute guimauve, incapable de pondre autre chose que des bande-son pour Grey's Anatomy. Heureusement, WWSFTCS (oui je vais pas recopier ...) est un disque qui revient au coté impertinent, malicieux et inventif qui a fait tout le charme de son chef d'oeuvre Soviet Kitsh. Le son reste surproduit (sans dec la rythmique sur “All the row boats”) mais on sent Regina libérée, elle a retrouvé son humour (“Ballad of a politician”) et ses mélodies trépidantes. Pour les initiés, soulagement, pour les novices, une belle porte d'entrée.

 

10/ Maserati – Maserati VII (Post-Dance-Futuro-rock // Temporary Residence)

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Le grand malheur de tout groupe instrumental “qui bouge”, c'est qu'il y aura toujours un con pour dire “faut les voir en live, sur album c'est pas génial”. Du coup on écoute jamais l'album. Et Maserati VII, c'est une course effrénée vers le kiff longue durée. Quoi, ça veut rien dire ? C'est des bouts d'electronique dansante dans une marre de groove binaire avec des guitares comme si The Edge jouait du Métal, ça va plaire à votre soeur qui écoute Rihanna, et à votre cousin qui croit que Battles c'est le truc le plus novateur du 21ème siècle (il a pas tort ?). Maserati trouve ici le juste milieu entre organique et synthétique, pour faire du futurisme sans rétro, et du space-rock sans l'ambiance psychotropes. Tu peux l'écouter, assis, debout, en faisant un gangnam style, ça sera toujours du putain de dance-rock de qualité.

       

 

N'oubliez pas d'acheter des disques, des vinyles, des t-shirts de groupes, des places de concerts (sauf si c'est organisé par Gérard Drouot) entre deux téléchargements illégaux. Likez la page facebook (juste à votre gauche dans le sommaire) et suivez /Taste sous Twitter (@Slashtaste). On se retrouve en 2013. 

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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 15:47

http://cdn.pigeonsandplanes.com/wp-content/uploads/2012/12/alek-fin-mull.jpg

Radiohead-like

Le californien Alek Fin est un vrai artiste electro des années 2010. Q'est ce que ça veut dire ? Qu'il envisage autant l'organique que le synthéthique, la machine que l'instrument. Mélodies rêveuses et fiévreuses, lignes de basse rondes et jazzy, voix haut perchée et quasi hors de portée, on ne peut s'empêcher de sentir l'ombre de Radiohead sur Mull, et même celle du The Eraser de Thom Yorke. Là, un choix doit être fait: accepter l'hommage ou passer son chemin. Il est facile de repérer d'où vient l'inspiration: le titre "Rocks In Papers" avec ses crépitements rythmiques et sa basse serpentine rappelle fortement "The Gloaming", "Waiting Like A Wolf" reprend le beat final de "Videotape", le pont à guitare à la "Weird Fishes", et enfin "Gone" semble être un mix de "Feral" et "Bloom". Voila pour le name-dropping de morceaux et les reproches.

Mais un EP si référencé peut-il être tout de même bon ? Totalement, d'ailleurs Alek Fin possède des talents de production remarquables, et sait envelopper l'auditeur dans une magie onirique tout en restant dans l'electro-minimaliste. Les titres "Rocks In Papers" et "Waiting Like A Wolf" passent rapidement en replay continu par leur charme de rêve éveillé. Il a aussi la bonne idée de cacher sa voix dans un brouillard de reverb et d'échos pour ne pas pousser le mimétisme radiohead-ien trop loin. Mull est un disque qui ravira tout fan des Oxfordiens cités plus haut. Ses quatres titres sont efficaces et d'une certaine beauté, mais qui appelle à une plus grande prise de risque.

7/10

Label: Alek Fin

Sortie: 1er Décembre (Itunes)

www.alekfin.com

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7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 17:18

http://www.pictureshack.us/images/28490_IMG_2840.JPG

 

Mac DeMarco est un nom qui buzz pas mal ces temps-ci dans l'indie-blog-micro-sphère, mais comme c'est un gars simple habillé avec une chemise 3 fois trop grande pour lui, une casquette pourrie de pêcheur de saumon, et un jean troué, ou plutôt ouvert au niveau des genoux, on devine que c'est pas le genre à scruter Twitter, Facebook, ou tout simplement Pitchfork. Grand bien lui fasse. Pour retrouver le canadien, il suffit d'aller dans le "backstage" du Sonic, ironiquement à l'opposé de la scène, vu qu'on est dans un bateau assez menu. "J'arrive dans une minute je vais me brosser les dents", quand je vous disais que ce n'est pas une rockstar ...

 

http://www.pictureshack.us/images/24363_IMG_2847.JPG

 

Salut Mac, alors tu arrives à Lyon pendant la Fête des Lumières, c'est un peu le bordel dans cette période, t'as pu en voir un bout ?

On a vu un groupe de gens qui fixaient quelques ballons dans la rue, ça doit faire partie du festival ... J'ai passé mon temps allongé dans le van alors je voyais surtout des lumières et le haut des arbres.

 

Passons à la musique. Je me disais en écoutant 2, ton second album, que ta musique donne souvent l'impression de tanguer, de tituber on pourrait dire, comme un navire dont tu serais le capitaine éméché. (rires du backing band dans les backstage)

Ouais on peut dire ça ! D'ailleurs au moment où tu dis ça le bateau est en train de tanguer ...

 

Ce soir, ironiquement, tu joues sur un bateau, tu penses qu'il va y avoir une connexion, tu vas être plus à l'aise, ça va être un show spécial ? 

Ouais je pense que ça va être spécial, de la musique alcoolisé ... on va se bourrer la gueule ce soir (sur un ton extrêmement serein).

 

Sur ton deuxième album, tu as choisis d'avoir une meilleure production, des guitares plus clean, des vraies parties de batterie sur tous les morceaux, même le chant est différent, plus en avant, peut-être plus confiant ...

Le premier album a commencé comme un projet bizarre, une blague un peu, tout a été ralenti sur les pistes, y compris ma voix. Du coup 2 correspond plus à la façon dont je chante normalement je pense.

 

 

 

Tu en a eu marre du son lo-fi que tu avais ? Est ce que tu pensais qu'avoir un son plus propre te permettait de mettre en avant tes capacités de songwriter ?

Je sais pas, quand j'ai fais cet album (2) j'essayais déjà de faire des choses plus jolies au niveau qualité du son, j'ai commencé avec une sorte d'idée d'arnaque en essayant de sonner comme Elvis. Au final je voulais juste faire de bons enregistrements à la maison.

 

Tu as enregistré tout par toi même ? Même la batterie ?

Oui j'ai tout fait moi même.

 

Pour revenir sur le lo-fi, est ce que tu vois ça comme le début de quelque chose qui évolue forcément vers un truc plus mature ?

Je sais pas, je pense que le lo-fi peut être un bon moyen de donner un goût supplémentaire à un morceau. Par exemple sur le dernier Ariel Pink, certains morceaux sont enregistrés dans un studio mais ils font exprès de les faire sonner lo-fi ... Par exemple les trucs que je faisais avant mon premier album dans d'autres groupes sonnaient déjà plutôt clean. C'est juste un truc fun avec lequel jouer quelques fois.

 

J'ai pu lire dans certaines interviews sur le net que le morceau "Ode To Viceroy" était dédié à une marque de cigarettes, qui n'est pas disponible en Europe d'ailleurs. Tu peux nous expliquer comment c'est venu et pourquoi faire une chanson sur cette marque particulière ?

On traversait les USA pour aller à un show à New-York,  et en repartant on a tous acheté quelques paquets de ces clopes américaines dégueulasses, des "Sheriff", ça vaut genre 20 dollars pour 400 clopes environ. Donc j'ai fumé ça pendant tout l'enregistrement du dernier album, et "Viceroy" est la dernière chanson que dont j'ai écrit le texte, et que j'ai enregistré. Et juste avant de l'écrire je venais de finir ma cartouche de Sheriff, et je me suis dis "Tiens j'vais aller me racheter un paquet de Viceroy", c'était un peu comme revenir avec une vieille ex-copine. Alors j'ai décidé d'écrire une chanson d'amour là dessus.

 

Sur la plupart des morceaux du dernier album, comme "Cooking up something good", tu décris un personnage d'adolescent glandeur qui passe ses journées à ne rien faire dans sa chambre, qui ne cherche pas de boulot, qui n'a pas vraiment de but dans la vie. Est ce que c'est un personnage inventé ou une vraie description de toi même ?
Je pense que c'est une description de moi même dans cette période ou j'ai écrit l'album. J'ai enregistré quasi au même moment que l'écriture des titres, et puis généralement tu écris sur ta vie. Et tout ce que je fais c'est rester assis sur le canapé en sous-vêtements ... C'est l'image de ces moments où je faisais ... rien en fait.

 

Après l'enregistrement, tu es parti en tournée, tu commences à avoir un peu de succès, à jouer tous les soirs quasiment, est ce que tu vois l'album comme un vieux souvenir, une sorte de témoignage d'une vie qui fait définitivement partie du passé ? 

En fait l'album me parait déjà vieux, ça date de juin, mais le label met quelques mois pour sortir le disque. C'est drôle parce que j'ai le souvenir de l'enregistrement mais avec ces gars là (le groupe à coté de lui, batteur, guitariste et bassiste) je réarrange les chansons en live et c'est un truc différent. Je m'ennuierai si je devais rejouer les même chansons tout le temps, genre j'arrive "Oh on est à Lyon, hop j'vais chanter My Kinda Woman ...".


Alors finalement t'as décroché le seul boulot que tu voulais non ?

Je sais pas mec, j'adore ça, mais je considère pas ça comme un boulot. La définition d'un travail, c'est un truc que t'as pas envie de faire. Là c'est juste tranquille, relaxant, on est en vacances quoi.

 

Le très recommandable 2 de Mac DeMarco est sorti chez CapturedTracks et dispo dans toutes vos bonnes épiceries.

 


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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 10:10

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A new machine is born

 

La patience est une qualité indispensable à tout fan de Trent Reznor, car ce monsieur a beaucoup de projets, et oublie quelque fois qu'on est pas intéréssé par tout ce qu'il fait (ses bandes originales de 3 heures pour Fincher par exemple). Le premier ep d'How To Destroy Angels (éponyme) avait ce talent de faire la transition entre les derniers Nine Inch Nails tout synthétiques et post-apocalyptiques qu'ils étaient, et un nouveau vaisseau sonore piloté par Mariqueen Mandig dont le chant sussuré et pur intriguait. On pouvait aussi considérer ça comme du NIN avec "la pouf à trent" au chant (clin d'oeil aux intégristes). Et alors que les mois ont défilé, avec un album annoncé maintes fois, on se retrouve avec un second ep. On appellera ça un Fail si An Omen n'était pas un grande réussite.


Les capacités de Reznor et son pote Atticus Ross pour donner aux machines un relief emotionnel sont réellement sublimées ici. Clairement on a affaire à une sorte de spin-off féminin de Year Zero, avec des épisodes plus longs et un sentiment de psychose plutôt que de rebellion. Parlons des deux odyssées de An Omen. "Ice Age"  est un titre déguisé en comptine folk asiatique qui se fait progressivement envahir par les drones et la dissonance. C'est saisissant, magnifiquement joué et la voix de Mme Reznor file la chair de poule. "Speaking In Tongues" se permet un pont entre indus, mélodie orientales, et ambient avec cette fois le duo Mariqueen/Trent dont les voix unies semblent prévenir d'un désastre imminent. Un chant de diva est noyé dans des bruits d'ordinateurs détraqués, tout s'éteint, puis tout reprend pour finir sur un champ de ruine.


A coté de ces deux gros morceaux de 7 minutes, "Keep It Together" joue la carte trip-hop flippant de l'an 2480, "On The Wing" est un titre quasi-pop dont on retiendra le sublime sample orchestral au refrain, l'electro-rock groovy  "The Loop Closes" remue le bassin, et on termine en berçeuse avec les notes flottantes de "The Sleep Of Reason Produces Monsters". Mais le mieux est encore de faire le voyage de bout en bout. Quand on vous propose un univers aussi fort et prenant en seulement six titres, il serait dommage de ne pas y faire un tour. Si le concept de Ghost In The Shell devenait réalité, An Omen serait la bande-originale parfaite de cette société.

9/10

 

Label: Columbia

Sortie: 19 Novembre

 

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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 22:05

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Rave pas trop

 

Crystal Castles n'a jamais été un duo connu pour sa finesse dans la composition, c'est acquis. Néanmoins leur grand point fort vis à vis des groupes electroniques faits pour animer une beuverie de campagne (les horribles Bloody Beetroots et Kap Bambino pour citer des frenchies) est l'ambiance de bad-trip cocaïné ou ketaminé qu'ils arrivent à offrir de façon assez consistante. III est leur album le plus cohérent car il choisit clairement une orientation calme et sombre, où la voix de Alice Glass ne fait que figuration, fil rouge déformé et découpé durant une descente dans l'abîme d'un disco-rade paumé.

 

Les beats sont simplistes (« Plague ») voire simplets (« Wrath of god ») et pourtant ils sont innocentés de leur crime par le sentiment de plénitude étrange provoqué par des couches des synthés étouffés dans leur sommeil (« Affection », « Transgender ») et quelques fois insidieusement accrocheurs (« Telepath », « Mercenary »). Si la critique (spécialisée surtout) leur tombera dessus pour avoir simplifié leur formule encore un peu plus et laissé de coté tout esprit punk, Crystal Castles aura réussi ici à garder son image de rave tout public, tout en s'approchant d'un idéal entre house, dream-pop, et techno cheap, tout cela mixé comme un disque ambient pour teufeur exténué. Le résultat final est inégal mais ne sonne jamais comme un ersatz d'une influence ou une redite. On peut au moins saluer ça.

6/10

Label: Mercury Records

Sortie: 19 Novembre


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14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 00:27

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A première vue, le Ty Segall Band a tout du groupe de garage-rock San Franciscain: un bassiste en t-shirt ringard multicolore et délavé (Mikal Cronin), une batteuse tatouée jusqu'à l'os maigre comme un clou mais terriblement sexy (Emily Rose Epstein), un second guitariste salement rasé aux cheveux longs et tête de roadie (Charles Moothart) et puis il y a la star. Ty Segall est un de ces gosses californiens au physique de skateur, chevelure blonde ébouriffée, regard lumineux et une énergie capable de bouffer toutes les attentions. Ce soir sera un concert exceptionnel par bien des aspects. Tout d'abord, Ty Segall Band est une formation qui vous assomme les tympans et les ossatures avec un talent monumental: "Thank God For The Sinner" et son refrain heavy as shit fait décoller, "You're The Doctor" trempe les jeans, "Finger" offre un faux répis pour exploser dans un bain de fuzz sanglant, on est happé la gueule contre l'ampli du début à la fin du carnage ... Exceptionnel, aussi, car le dernier tiers du concert est jonché de coupures de courant, obligeant le groupe à hacher ses titres, mais toujours avec le sourire, Segall s'amusant même à continuer ses mimiques de rockstar du quartier en attendant le retour du courant.

http://img543.imageshack.us/img543/8034/imag1279i.jpgCertains dans le public sont joueurs. Une coupure ? "Drum solo !" crie le plus aviné. Ty Segall décide de partir dans le public au dernier morceau ? Son pied de micro disparaitra dans la foule et quelques fanfarons tenteront de jouer sur sa mustang qui restera traumatisée. Epique bonus, un fan monté sur scène réussit à faire tomber la grosse caisse. Tout ceci avec la bande-son d'une rock party fièvreuse où les Stooges et MC5 tentent de faire de la pop. Tout est joué comme si le monde s'écroulait, on entend rien et on entend tout en même temps. Une heure et quart de concert dans les pattes, ils partent. Vexés d'être gentillement maltraités par de jeunes excités ? Même pas, retour une minute après (après plusieurs coupures d'électricité, une batterie foutue par terre et un pied de micro volé donc) pour reprendre le "Paranoid" de Black Sabbath, version bourrasque sonique avec solos de trois heures débile. On lache nos dernières forces ... coupure de courant. On la refait du début ? Bien sûr. Ty Segall, un type besogneux, fun et humble. 

http://img35.imageshack.us/img35/7128/imag1284bw.jpghttp://img210.imageshack.us/img210/4867/imag1296l.jpghttp://img545.imageshack.us/img545/3591/imag1293p.jpg

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