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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 22:06

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Coup de mou

Si Chino Moreno souhaitait, comme le titre Koi no Yokan l'indique, que l'auditeur sente venir à la première écoute un sentiment d'amour inéluctable pour ce septième album des Deftones, peut-être qu'il s'est fixé la barre trop haute. Koi No Yokan n'est pas la gifle que les singles rageux et catchy "Leathers" et "Tempest" laissaient entrevoir. Loin de jouer le retour aux sources d'Around The Fur ou même du chef d'oeuvre White Pony, le disque privilégie la facette très aérienne, mélodique et osons le dire, lisse, de la formation. Dans ces murs du son produits façon "boulet de canon", les guitares font rarement dans la dentelle et la batterie perd de son punch, la basse étant quasi en figuration, en attendant Chi Cheng toujours en rééducation. Là où Diamond Eyes se permettait de franches embardées neo aux riffs vicieux ("Rocket Skates", "CMND/CTRL") Koi No Yokan joue la carte du rock-metal moyen alternant l'efficace mais prévisible ("Swerve City", "Goon Squad") et le bourru bande-mou ("Gauze", "Graphic Nature").

 

Mais la vraie peur qui naît après une écoute extensive vient de l'uniformité et la perte de dangerosité dans le son des Deftones, convaincus que la sauce prendra si l'on booste une composition paraisseuse aux hormones avec un producteur spécialiste du fait (Nick Raskulinecz, qui a déjà alloué ses services à Evanescence, Stone Sour, Rush, et Velvet Revolver). Sur cette voie, Deftones pourrait bien perdre son identité et devenir un de ces groupes "qui ne vaut plus grand chose depuis X années". Pour l'instant, on parlera de faux pas et on serrera les dents au prochain concert.

5/10

Sortie: 16 Novembre

Label: Warner Bros

 

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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 13:56

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Air France Friendly

A ma fenêtre cette après-midi il y avait: un ciel gris, une pluie d'automne classique accompagnée de son vent froid et bourdonnant, et des corbeaux qui tournoient autour de cables électriques qui ponctuent des champs de patûre bien maigres au vert pâle. Un tableau qui, associé à l'écoute d'un disque de Jean-Jacques Goldman, m'aurait assuré un voyage aux tréfonds de la perdition et de la folie. Gardant mon libre-arbitre, j'ai plutôt lancé le premier album des américains de Bells, trio post-rock de Lancaster. Délicatesse, guitare spatiale, batterie solennelle mais légère, basse vrombissante mais ronde, Our Forest Our Empire est un disque tout confort.

 

Lorsqu'il le faut, les membres du groupes accélèrent la cadence avec un brin d'électronique et sonnent comme une version plus humaine des derniers 65daysofstatic ("Always Invisible", "Youth"), sinon ils oscillent entre And So I Watch Your From Afar pour le coté labyrinthe épique ("Mountains") et Maserati pour les riffs en écho et façon course-poursuite ("Seeker Pt 2.") avec un semblant de Sigur Ros dès qu'ils s'essayent au chant ("We're Lost In Winter" où on croirait entendre Jonsi). Tout cela oscillant toujours entre 3 à 6 minutes, pour t'empêcher de revivre cette humiliation personnelle lorsque tu t'étais endormi pendant le dernier Godspeed Your Black Emperor. Ton pote t'avais dis que c'était culte pourtant. On reconnaîtra que Bells propose surtout une musique de gens qui ont rien à foutre de leur vie (le post-rock, donc), possiblement des personnes faisant 2 siestes par jour, imaginant tous les paysages qu'ils ne verront jamais puisqu'ils n'auront pas l'argent pour prendre l'avion. Donc si tu as besoin d'un coup de fouet, d'une patate dans tes tympans, repars dans l'autre sens. Mais si tu aimes te faire bercer par un groupe sympa, bien intentionné, aux mélodies joliement ficelées et rêveuses, Our Forest Our Empire t'es chaleureusement recommandé.

6/10

Label: Bells

Sortie: 28 Août 2012 (digital)

 

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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 10:35

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L'éclat des illusions

Chan Marshall en a connu des vies d’artistes : de Dear Sir en 1995, son premier album rugueux côtoyant les rives noisy, à son chef d’œuvre Folk You Are Free, en passant par un statut de diva blues crooneuse sur The Greatest, on pourrait croire que la belle n’a rien d’autre à délivrer que de classieuses reprises de standards américains, comme sur sa dernière livraison, Jukebox.

Quatre ans après, cheveux courts, glamour au vestiaire, fraiche rupture dans le sac à main, elle revient plus insaisissable que jamais sur Sun. Alors que le beat imparable du refrain de "Cherokee" nous attaque le bassin au son d’un blues psychédélique digne de Beck, on se rendrait à peine compte que Chan nous parle de détresse : « I never knew love like this, (…) I never knew pain like this », et nous implore de l’enterrer aux cieux, près de ses ancêtres. La musique sur Sun est celle du combat contre soi-même, dans une ambiance de western sentimental plein de contrastes (l’auto-tune et le piano de bar sur "3,6,9", la rythmique boogie et le break electro-indus sur "Silent Machine") et d'auto-critique (la ballade synthétique et pessimiste  "Real Life").

Sans piédestal de crooneuse sudiste, Chan Marshall n’en est que plus sincère et touchante et réussit dans un disque partagé entre électronique, blues et pop moderne à illustrer autant la perdition amoureuse que celle d'une globe-trotteuse, insaisissable. On restera troublé par le monologue intérieur "Human Being" qui traite de la peur de vivre sa vie et de la culpabilité ; ou encore  hypnotisé par la bande-son pour solitude urbaine "Manhattan" ; mais surtout subjugué par la beauté du très long "Nothing but time" (11 minutes). Cet avant-dernier titre survole toutes les problématiques évoquées tout au long de Sun, sur une mélodie qui renvoie au "Heroes" de Bowie. Une histoire de dépassement de soi dans une mauvaise période : exercice éculé mais rarement exécuté avec un tel brio.

8/10

Label: Beggars Banquet

Sortie: 3 Septembre 2012

 

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 13:25

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Sales Gosses

On aurait tort de regarder seulement outre-Atlantique pour notre dose d'indie-rock 90's façon "on m'a volé mon gouter, ma copine et mon polo mauve à rayure". N'en déplaise à Dinosaur Jr qui a offert en septembre la très agréable machine à recycler I Bet On Sky, les héros 2012 de la catégorie sont écossais. Ils s'appellent Paws, ça veut dire "pattes", comme celle d'un animal qui aurait bouffé les membres de Weezer période Blue Album, Blink 182 et Pavement, puis régurgité le tout. Ce qui donne le frisson sur Cokefloat, c'est la facilité avec laquelle on nous transporte dans une euphorie teenage ("Pony", "Bloodline" sont taillées pour les pogos). Bien entendu qui dit pop-punk dit sujets idiots, et ici on surfe sur un océan d'anecdotes futiles allant d'une femme dissertant sur sa grossesse difficile ("Sore Tummy") à une souris de bibliothèque complexée ("Miss American Bookworm"). Ce genre d'entreprise ne marche jamais si le groupe n'envoie pas la décharge.

Ici, on respectera le théorème: chant de gosse de 14 ans en rute + riffs catchy et simples + saturation quasi permanente = bonheur dans ton caleçon. Il serait vain de citer le nombre de tubes potentiels, mais on va dire 2000 pour pas faire d'erreur. Seul repos au milieu de la déferlente d'hormones et de fun que procure Paws sur ce premier disque, "Get Bent" est une tentative folk qui vaut beaucoup plus pour ses paroles d'ado frustré ( extrait traduit: "Si tu connais même pas mon fruit ou mon animal préféré, comment puis-je compter sur toi ?") que sa mélodie. Pour le reste, il y a assez de potions magiques rock pour vous faire oublier votre trentaine bien tassée, et décoincer ces articulations qui vous ont pas servi depuis votre dernière visite à Walibi.

8/10

Label: Fat Cat Records

Sortie: 17 Octobre 2012

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27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 13:36

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Beauté de glace

On a tendance à dire que le troisième album d'un groupe ou d'un artiste décide du reste de sa carrière (le second étant une copie du premier forcément ). Natasha Khan, la songwriter anglaise derrière Bat For Lashes, a heureusement décidé sur The Haunted Man de monter d'un cran ses ambitions et affiner son principal point faible, les paroles. Après l'ésothérique Two Suns (chroniqué ici) inégal et pourtant fascinant pour quelques fulgurances ("Daniel","Glass"), le doute était possible sur la suite. La vérité est que The Haunted Man est un disque en clair obscur, comme un joyau tiré d'un marécage, d'un éclat sans commune mesure dans la discographie du groupe.

Ici on joue dans une cours d'hallucinations auditives où se bousculent les poussées expérimentales et la pop lyrique. Preuves en sont les choeurs flippant sur "Oh Yeah", les cloches dissonnantes et le drone à la Portishead de "Horses Of The Sun", ou le chant de guerrier accompagné d'un synthé menaçant à mi-morceau sur "The Haunted Man". Natasha Khan n'oublie pas pour autant son goût pour les refrains dansant avec la suite "All Your Gold", "A Wall", "Rest Your Head", qui jouent leur rôle de lien entre des titres plus pesants. L'aspect baroque de la musique (violons, cuivres, tambours, chorales, orgues) n'est pas, pour une fois, simplement ornemental, et semble plus maîtrisé, laissant transparaître les émotions. On saluera enfin la désarmante ballade au piano "Laura",  composée par Justin Parker, le responsable du "Video Games" de qui vous savez. The Haunted Man est plus grandiose, mais aussi plus consistant que les deux premiers Bat For Lashes grâce à une compositrice qui ose et assume sa voie, faire une musique raffinée et accessible, ne choisissant aucun camp. Tant mieux.

7/10

Label: EMI

Sortie: 15 Octobre 2012

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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 11:09

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Summer ain't over

 

Six jeunes gens, quatre mecs, deux filles, redonnent un sens à l'expression (quasi péjorative) "electro-pop" dans un pays plus connu pour ses plagieurs (Wolfmother, Jet, Silverchair) que ses vrais talents, j'ai nommé l'Australie. A is for Alpine est un album qui n'a jamais honte de sonner branché, mais qui en même temps ressemble souvent à une ré-interprétation des recettes pop radiophoniques des 90's. Du coup, on pense autant à Phoenix qu'aux Cardigans lorsqu'on écoute la ribambelle de tubes aux voix féminines grâcieuses ("Lovers 1/2"), à la batterie punchy mais sobre ("Seeing Red"), aux guitares juste assez rugueuses pour rester rock ("Too Safe"), et aux synthés vintage moltonnés ("All For One").Ce qui impressionne c'est qu'en conservant cette écriture electro-pop faite de gimmicks et d'une certaine naïveté, Alpine réussit à offrir une personnalité propre, grâce à la subtilité des arrangements, la production impeccable (Votre caisson de basse frémira de plaisir) et des titres qui rentrent en tête très, très rapidement ("Hands" est impossible à oublier, et pourtant c'est indéniablement cul-cul et girly). Pas de plaisir coupable ici, puisque le seul crime de Alpine est de faire accessible, propre, intéressant, et fun. La cour déclare le groupe coupable de réussite.

7/10

Sortie: 10 Août 2012 (sur Itunes)

Label: Ivy League Records

Commander en cd ou digitalement sur Itunes

 

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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 13:34

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Ange déchu

 

Parmi la profusion d'artistes folk féminines qui bourgeonnent aux quatres coins du globe chaque année, peu d'entre elles dépassent le stade des jolies comptines animalières et des ballades de coeur brisé en noir et blanc. La raison est toute simple: il faut une personnalité forte et une vision précise pour transformer la rudesse d'un bout de bois et six cordes en outil de séduction. Angel Olsen séduit car elle "est" véritablement ce qu'elle chante: complexe, contradictoire, forte et fragile, transformant des thèmes éculés comme l'amour, la perte, et la mort avec une magie noire dont on ne découvre jamais le secret. Sa voix, aussi grave que haut perché quand elle le veut, fait penser à la rencontre de Vashti Bunyan et Nico. Elle en accentue d'autant plus des paroles à la limite de la folie: "Goodbye sweet mother earth, without you now I'm a lonely universe".

 

La folie n'est pourtant jamais le véritable sujet ici, mais elle est souvent le résultat de ce qu'Angel raconte: sur "Can't Wait Until Tomorrow" c'est un amour qui la transforme en martyre masochiste, sur "Always Half-Strange" c'est simplement la réalisation qu'elle ne sait plus en quoi croire et sur "The Sky Opened Up" c'est une obsession paranoiaque qui l'empêche de vivre sa relation. Olsen exprime même une mélancolie de sa propre naissance sur le slow country "Safe In The Womb", aussi étrange que beau. Derrière, la bande-son bascule entre folk sombre aux cordes frottées quasi inconsciemment et country avec pedal steel plus chaleureuse. Half-Way Home aurait pu sortir en 1975 musicalement, mais son esprit torturé et ses monologues skyzophréniques faits de paraboles et métaphores surréalistes appartiennent à notre décennie et bouleversent la scène actuelle avec une originalité et une justesse sidérantes. Un premier disque fascinant.

9/10

Label: Bathetic Records

Sortie: 4 Septembre 2012 (aux USA, pas encore de date Européenne)

Commander le vinyle sur Bathetic Records

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11 septembre 2012 2 11 /09 /septembre /2012 14:07

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Easy listening

The Raveonettes sont incroyables, au sens le plus littéral du terme. On a en effet du mal à comprendre comment un groupe qui propose la même recette mêlant pop sucrée et rock shoegaze sexy depuis six albums n'a jamais lassé personne et conservé une fan-base importante. Sur Observator, Sune Rose Wagner (chant/guitare) et Sharin Foo (chant/basse) font l'étalage de leurs facettes avec la serennité des vétérans : airs brumeux et hypnotiques à l'effet instantané ("Observation", "Curse The Night"), mini tornades rock noisy faciles à priori mais toujours efficaces ("Sinking with the sun", "Till the end") et une dose de mélodies psychédéliques aux harmonies vocales irréelles ("Young And Cold", "You Hit Me I'm Down"). The Raveonettes n'en sont pas pour autant devenu un groupe parfait, et on notera ici un (seul) faux pas, sur le terriblement sirupeux "Downtown" et ses "oh oh oh, all the boys are goin downtown". C'est bien dispensable, surtout sur un disque qui propose dans sa majorité des atmosphères sonores travaillées, à la beauté et la froideur saisissantes. Ce n'est pas la première fois qu'ils nous font le coup (Raven In The Grave, In And Out Of Control étaient fait du même bois), mais on a pas encore réussi à s'en lasser.

7/10

Label: Beat Dies

Sortie: 11 Septembre


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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 13:10

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Porno-soft

Chroniquer le second disque des XX sur une plate-forme sans aucune contrainte ou pression comme /Taste pourrait sembler sans intérêt, seulement le cas de Coexist est trop intéressant pour passer outre. Voyons voir: trio de pop minimaliste froide et déprimée, The XX ont berné un paquet de monde avec un premier album éponyme qui contenait, avouons-le, quelques titres séducteurs à l'amateurisme mignon. L'éternelle attraction d'un duo homme-femme (plutôt garçon-fille quand on écoute les paroles tournant vers le "dois-je éteindre la lumière et te faire une fellation pour régler notre conflit emo-spirituel ?") avait ajouté le piment nécessaire à ces très modestes mélodies. Le reste n'est que budget promo et réutilisation des passages catchy dans des pubs et des reportages sur un fermier cherchant une jolie jeune femme assez avide pour passer les dix prochaines années dans le Vercors et hériter d'un pactole conséquent. Mais je m'égare.

 

Autant dire qu'un second album aurait pu sembler inutile s'il n'y avait pas un virage conséquent de prévu, quelque chose qui prouve qu'on a pas juste tendu l'oreille pour mieux entendre le bruit des vagues. Coexist est hélas plus ennuyeux qu'une ballade en automne sur le port de Rouen, avec votre grand-mère arthritique qui se plaint des galets et le ciel qui vous inspire le suicide. Le groupe a tenté de refaire le même disque en laissant Jamie XX, leur dj/producteur, installer encore plus ses beats et ses plages ambiant pour combler les trous béants dans la composition. Le thème n'est plus le sexe mais l'amour frustré, donc vos mouchoirs seront toujours nécessaires mais pas pour la même occupation. Du silence, des rythmiques paraisseuses, des lignes de chant au bord de l'apnée, des guitares effleurées ... Mais la magie n'opère plus. Certains vous vendront ça comme un rêve éveillé à l'univers fascinant, libre à vous de boire à leur fontaine, nous on aime pas l'eau croupie.

4/10 

Label: Beggars Banquet

Sortie: 10 Septembre

 


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8 septembre 2012 6 08 /09 /septembre /2012 18:40

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Or mélancolique

S'il y a un groupe de Brooklyn qui n'a jamais joué dans la cours des revivalistes fainéants ni des experimentalistes gonflants (hello collectif animal !) ces dernières années, c'est Grizzly Bear. Sur un créneau minuscule, ils ont repris la tradition du songwriting folk poétique américain à la mélancolie complexe (on pense au hasard à Simon and Garfunkel) et l'ont dynamité avec la liberté artistique de notre décennie, créant leur propre définition de "pop".Mais si Grizzly Bear a provoqué une quasi unanimité dans la presse et ses auditeurs au fil des albums, ce n'est pas tant par leur propension à défricher tout en gardant un cap mélodique évident, c'est surtout en écrivant de magnifiques titres ("Two Weeks", "Central And Remote") qui ne nécessitent pas un Bac +6 en rock-critic pour délivrer leur saveur.

Shields est leur travail le plus abouti car le plus "Grizzly Bearien", l'album que l'on attendait d'eux sans vraiment l'espérer: un talent pour la mélodie qui ferait fondre en larme ("Yet Again"), une capacité à étendre ses compositions dans de grandes odyssées multi-facettes totalement maîtrisées et délicieuses ("What's Wrong"), des jeux de legos sonores aux arrangements en dentelles qui font briller guitares, cuivres, violons d'un même éclat autour d'une ligne de piano déambulante et irréelle (l'incroyable "Sun In Your Eyes"). La voix est ici au service des titres, elle propulse l'émotion quelques miles plus loin mais ne prend jamais les devants, car Grizzly Bear reste un groupe, une proposition commune. En cela, les moments d'harmonie restent toujours les passages vocaux les plus impressionnants, même s'ils se font plus discrets ici aussi. Sur Veckatimest, leur dernier disque, ils touchaient le coche très souvent et avaient visé plus direct en s'éloignant de leur ballades quelques fois trop sombres ou moroses, ici ils réussissent autant dans l'ambiance (mystérieuse ici , lyrique là, voir même grandiose) que dans la cohérence sur toute la longueur.

Shields est une grande oeuvre musicale car elle traverse l'esprit et le coeur en vous laissant dans l'incompréhension qui va avec toute beauté artistique.

9/10

Label: Warp

Sortie: 17 Septembre

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