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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 11:00

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Deuxième marche du podium

 

C'est un univers naturaliste et enchanteur, bercé par des harmonies vocales magiques, qui avait rendu les deux soeurs de First Aid Kit si mémorables sur The Big The Black and The Blue. Ce premier essai possédait l'innocence évidente de deux gamines à peine majeures découvrant les vertues de la folk pastorale, avec une fascination pour les récits intemporels, dignes d'un conte médiéval.

The Lion's Roar est à First Aid Kit ce qu'Helplessness Blues a été aux Fleet Foxes (leurs idôles): une libération, un épanouissement. Si dans la mallette des suédoises il y a toujours l'incomparable cohérence et fusion de leurs deux voix, cette capacité à équilibrer story-telling et musicalité, mais elles sont désormais accompagnées de bois (clarinette), de pedal steel, de mandoline, et de violoncelle. Le duo perd en simplicité et pureté ce qu'il gagne en puissance évocatrice, comme le prouvent l'ambitieuse "I found a way" entre ombre et lumière, et "In the hearts of men" où l'imposant récit en forme de leçon de vie n'empêche pas les quelques accords de s'emballer et de progresser.

Les arpèges de fée des bois s'avèrent toujours aussi finement tissées et le chant encore plus maîtrisé et émotionnel qu'avant ("To a Poet", "New Year's Eve"). On reste assez béat devant The Lion's Roar, non du fait que l'album serait un classique instantané, mais parce qu'il n'a aucun grand défaut, peut-être même est ce son talon d'achille. Tout est bien agencé, orchestré, on a même droit à une apparition de Conor Oberst (légende du folk-rock/chanteur de Bright Eyes) sur le country "King of the world" mais la production de Mike Mogis étouffe quelques fois ("Emmylou", "Blue") le propos, à force de vouloir tout enjoliver. Rien de grave, elles n'ont que 19 et 22 ans, et tout l'avenir pour elle. 

 

Sortie: 30 Janvier

Label: Play it again sam

 

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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 16:49

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Une belle tramp(e)

Lors de la parution -quasi confidentielle- de Because I was in love, un premier album folk profondément mélancolique et introspectif fait de quelques bouts de ficelle (guitare/chant), personne n'aurait parié que Sharon Van Etten puisse sortir de la masse considérable de songwriters féminines apparues ces dernières années. Si, il y avait cette voix, fragile et affirmée en même temps, mais quelque chose de tristement limité musicalement. Une erreur réparée sur le plus bluesy Epic, sorti en 2010, où le groupe l'accompagnant donnait le rebond nécessaire à des paroles réalistes, disséquant ses relations sentimentales avec ce ton cérémonial qui va faire sa marque de fabrique.
Pour une artiste qui n'a cessé de bouger: du New Jersey au Tennessee puis New York, et du label Language of Stone à Jagjaguwar aujourd'hui, un titre comme Tramp ("vagabond", mais aussi "femme de mauvaise vie" en anglais) était tout désigné. Et la musique de Van Etten prend doucement mais sûrement un son plus vicieux, avec ici des guitares plus rock ("Warsaw" et "Serpents") et là une batterie martiale ("Magic Chords"). Dans les grandes lignes, les mélodies se font planantes, douces-amères, baignées dans des arrangements délicats (piano, ukulélé, trompette). Ses textes sont encore obsédés par les non-dits, les douleurs cachées, le mensonge amoureux, décrits avec une justesse qui force l'admiration.

Sharon Van Etten affirme sa personnalité sur Tramp: que cela soit sur le blues-jazz "Magic Chords" en femme fatale, ou sur le déchirant "Ask"  en déballant son sac avec une sollennité qui donne des frissons. Si on ajoute que le disque a bénéficié de la participation de gens forts respectables (Julianna Barwick, Matt Barrick des Walkmen, Zach Condon de Beirut, Aaron et Bryce Dessner de The National, et Jenn Wasner de Wye Oak),vous comprendrez qu'il y a quelque chose d'important qui se passe ici. Si on trouve la délicatesse de Feist dans Tramp, on y décelle aussi la froide beauté de Marissa Nadler et la désespérance  de Lisa Germano (période Lullaby for liquid pig). Nous pouvons dès lors utiliser au sens le plus strict, l'expression "chef d'oeuvre".


Sortie: 7 Février 2012
Label: Jagjaguwar

http://sharonvanetten.com/

 

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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 12:39

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Imprévisible

 

Ce qu'il y a de bien avec Of Montreal, c'est que chaque album est une pochette surprise, remplie de bonbons aux goûts acides, amers, cuisinés par un scientifique fou qui ne s'impose aucune limite, aucun tabou, le grand Kevin Barnes. Après le disco-RnB-funk de False Priest, où il convoquait les voix féminines les plus sensuelles du moment (Janelle Monaé, Solange Knowles) pour des jeux de séduction, cette fois-ci il met l'esprit kermesse de coté et s'abandonne à son art de la tromperie. Paralytic Stalks n'est pas disque de boum, c'est même tout l'inverse: introspectif, conceptuel, torturé et dérivant les schémas trop évident.

Dans sa capsule spatiale, Barnes s'essaye au rock psychédélique noyé dans le feedback et la rancoeur ("Gelid Ascent"), jouant les boules à facettes menaçantes ("We will commit wolf murder"), et il ré-affirme sa maîtrise du transgenre cyclotimique ("Yes Renew the Plaintiff" qui accumule electro expérimental, pop 80's, pont tribal et prog-rock avec une cohérence invraisemblable). Les thèmes tournent autour de la rupture, l'humiliation, et la sublimation des passions les plus extrêmes: habituel pour les connaisseurs, mais on y sent quelque chose de moins ironique et détaché que sur les deux derniers albums. En un sens, on revient à l'époque du chef d'oeuvre Hissing Fauna ... are you the destroyer, mais cette fois la palette sonore est quasi illimitée.

C'est un disque de grand écart, une déclaration d'indépendance musicale, et certaines fois, c'est comme si on écoutait une compile malsaine alternant David Bowie et Steve Reich ("Wintered Debts" qui se noie dans "Exorcismic Breeding Knife"). Les morceaux de Paralytic Stalks sont riches, exigeants, perdus dans un déluge d'instruments (Violon, Saxophone, piano, synthé, batterie, boite à rythme, nappes électroniques). C'est une belle façon de prouver (si c'était nécessaire après 10 albums ...) la créativité surnaturelle d'un leader se jouant de toutes les étiquettes et n'appartenant à aucune autre chapelle pop que la sienne. Décevant pour ceux qui espéraient que False Priest signe la fin du Of Montréal jusqu'au boutiste (titres longs, skyzophrénie mélodique, frustration de l'auditeur), excitant pour ceux qui aiment être bousculés et disséquer les talents d'un songwriting toujours aussi particulier, qui n'en fait qu'à sa tête. Exigeant et talentueux.

 

Sortie: 8 février 2012

Label: Polyvinyl

 

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 04:32

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Méticuleusement calibré

Blop blop blop, les étoiles de mer sont flashys ce soir, la féérie dansante des sirènes est sur le point de commencer et une musique s’immisce dans votre tête, ce genre de conneries pop 80’s mélo, dansante et criant « je veux vivre en costard trois pièces au bras des plus belles femmes du monde ». Cette musique, ça pourrait être The Golden Hour de Ocean City Defender, un projet solo (de Preston Merkley, canadien de son état) qui a le kit intégral pour réussir dans les clubs rock branchés et se faire remixer pour les discothèques (moins branchées, forcément) : des mélodies de winner, futuristes, grandiloquente, et cools (« The Freddy Shelly Throat Punch »), la dose de nonchalance et de dédain pour se faire respecter (« The Golden Hour ») et le côté binaire bêtement efficace qui marche toujours («Movement »).

A une époque où le revival du son 80’s est devenu un très bon placement en bourse dans l’industrie musicale (retours de Pulp, Blondie, Roxy Music … ) un artiste qui se réclame de Tears for Fears et New Order ne peut pas louper le coche. Ils apportent là-dessus un soupçon de shoegaze emprunté aux plus underground Radio Dept et M83, mais rien qui n’effraie les passants. Malgré ses allures de bon produit bien (trop ?) ficelé et calibré, on ne peut s’empêcher de trouver dans ce Golden Hour ep un charme désuet, ce sentiment quasi incompréhensible qui pousse à laisser RTL2 quand ils vous passent « Such a shame » de Talk Talk  … Pas une seconde d'ennui sur cet ep, pas de mauvaises chansons, pas de crime au mauvais goût, juste de la pop à synthés bien épais, rasée de près, "commerciale" mais séduisante.

 

Sortie: 6 Janvier 2012

Label: Aucun (en écoute/achat sous Bandcamp )


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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 12:52

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Le temps des seringues

 

Amis de l'OCB bien fournie, du PCP bien dilué, et du LSD bien coloré, The Paperhead, le trio chevelu de Nashville semble au premier abord, avoir tout pour vous plaire. Inspirés par le psyché-rock des 60's et 70's, ils sont ce qu'on peut appeler des hommes de traditions. On devine leur fascination précoce pour les compilations Nuggets où l'on faisait des tubes sur un simple groove, et une ligne de basse qui colle au bassin ("Back to those days"), mais aussi les heures à allumer des fumigènes pour voir la sainte vierge au milieu de leur garage ("Can't keep my eyes open" très 13th floor elevators, "Gettin Older"), et les blocages neuronals après avoir trop écouté Sergent Pepper et Revolver ("Easy Living").

The Paperhead ne sonnent vraiment pas comme un groupe américain (plutôt anglais), ni un groupe du 21ème siècle d'ailleurs, mais plutôt un groupe oublié de la création du psychédélique-rock, peut-être même trop prévisible pour provoquer autre chose que la nostalgie. La faute à des morceaux quelques fois broyées dans l'auto-contemplation ("Come Again?", L'instru bruitiste "Wisdom"), et une sensation générale d'immaturité (18 ans de moyenne d'âge) dans la composition. On attend donc des progrès, même si cet album éponyme a ses bons moments. A réserver aux collectionneurs d'antiquités, qui se satisferont de la démarche purement revivaliste.

 

Sortie: 15 Mars 2011

Label: Trouble in Mind Records

 

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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 14:59

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Foxes Of Leon

L'Utah est un territoire où l'on peut trouver autant des paysages arides aux roches rouges rappelant la conquête de l'ouest, que des montagnes enneigées de la chaîne des rocheuses . Il est évident à l'écoute de Mountain Sea que les membres de Desert Noises, habitant plus précisément à Provo (située au bord du lac Utah et proche de Salt Lake City), sont influencés, si ce n'est possédés par la carte postale vivante qui les entoure. Mountain Sea est un disque qui respire, qui fait respirer la beauté de la nature à travers une indie-folk contemplative mais jamais complaisante. Les titres évoquent tantôt de grands espaces calmes et lumineux ("Highway Cars", "Up The Mountain"), tantôt de petites idylles bucoliques ("Bible Study", "Oak Tree").

Mais la plus grande réussite du disque, hors de ses arrangements de guitares proprement magnifiques, c'est la voix de Kyle Henderson, qui possède la pureté d'interprétation d'un Robin Peycknold (Fleet Foxes) mais aussi ce timbre écorché qui a fait la renommée de Caleb Followill (Kings of Leon). Si les noms viennent rapidement à l'esprit (rajoutons Band of Horses à la liste), Desert Noises montre déjà sa différence en n'hésitant pas à mettre la batterie, quasi tribale, en avant ("Up the Mountain" et "Oak Tree"). Mountain Sea est un disque qui fait preuve d'une maturité impressionnante, de compositions simplement belles, et assez évocatrices pour vous donner envie de faire bagage dans la minute, et ne plus avoir à faire travailler votre imagination. Dans "Smoke Breathing Monsters", Henderson chante "I don't sleep to dream", tout est dit.

 

Sortie: 18 Octobre 2011

Label: Northplatte Records

 

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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 14:29

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Lesbians on ecstasy

 

Projet parallèle à la clique de Odd Future, The Internet est un duo composé de Syd The Kyd (jeune fille androgyne qui faisait la DJette lors de la tournée OF*) et Matt Martian (producteur chez The Jet Age of Tomorrow). The Internet n'a pas grand chose à voir avec les autres enfants de OF, c'est un album de soul moderne aux ambiances nocturnes et délicates, presque lounge certaines fois. Sur ces sonorités futuristes,planantes et groovy (rappelant les premiers N.E.R.D), Syd dépose des paroles parlant d'attraction sentimentale mais aussi de tabous : ses soirées entre filles cocainées ("Cocaine"), l'affirmation de son identité et de son look de mec ("She dgaf"), ou la difficulté d'assumer une sexualité différente dans une société américaine réac ("Ode to a dream").

L'album est clairement marqué par ce thème du lesbianisme sans pour autant être un manifeste, ou une succession de revendications. Purple Naked Ladies est rempli d'histoires d'amour qui gardent à chaque fois un goût d'inachevé ou d'impossible, et ce sentiment d'instabilité et de perdition s'amplifie au fil du disque. Syd a une vision épicurienne de la vie, et fuit la réalité par la drogue, le sexe, et de façon plus générale, en se mettant en danger ("Fastlane").

Syd ne possède pas une grande voix, mais une sensualité évidente et quelque chose d'hypnotique, mixant le parlé et le chanté. Elle porte des mélodies qui donnent l'impression de sortir d'une boite glauque à 4h du matin, dans un état où seuls restent les instincts. Quelques fois, on regretterait presque que Syd noie autant son chant derrière une panoplie d'effets asphyxiant et simulant un état d'ébriété chez l'auditeur, mais hors de ce petit défaut, The Internet réussit à proposer quelque chose de novateur, aux thèmes intéressants, à l'atmosphère cinématographique fascinante (On pense à Collateral ou Drive). A écouter au milieu de la nuit.

*Odd Future

 

Date de Sortie: 20 Décembre 2011 (Itunes) 17 Janvier 2012 (CD)

Label: Odd Future Records

 

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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 11:03

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Maîtrise du chaos

The Men, ce sont quatre vilains petits canards parmi les plus bruyants de Brooklyn, jouant un post-punk lourd et lo-fi sur leur premier album, Immaculada. Leave Home, signant leur arrivée sur Sacred Bones Records (maison de Zola Jesus)  est de ces disques qui ne vous ménage pas un seul instant, car on a affaire à des monstres sonores capables de dérailler à n'importe quel moment (l'incroyable "Think", punk survolté qui se vautre plusieurs fois dans la noise) ou de simplement vous submerger par une rage hardcore digne du Rollins Band   ("I.A.D.O.C.H").

Les membres de The Men se partagent le boulot de composition, et le chant, ce qui explique l'écart de style entre le Heavy-Psyché conquérant en intro ("If you leave ...") et le post-kraut-punk à la Neu! qui conclut le disque ("Night Landing"). On avait pas entendu des jeunes maîtriser un rock aussi noisy et efficacement bordélique depuis The Hunches. La musique de The Men reste de bout en bout abrasive, urgente, au bord de l'explosion, et donne une farouche envie de casser du mobilier. Il ne vous reste plus qu'à appuyer sur play en dessous, et prier pour que votre nuque ne se disloque pas.

 

Sortie: 23 Mai 2011

Label: Sacred Bones Records

 

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26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 12:48

Encore une liste ! Cette fois-ci on se tourne vers l'avenir avec 10 titres extraits des albums les plus attendus par /Taste en 2012. Une sorte de teasing quoi.

 

Bleeding Knees Club - Nothing To do (Garage-Pop de kangourous / 19 Mars / Columbia)

 

 

First Aid Kit - Lion's Roar (Folk des bois féminine / 30 Janvier / Play It Again Sam)

 

Mark Lanegan Band - Blues Funeral (Légende des cavernes grunge / 7 Février / 4AD)

 

Lana Del Rey - Born To Die (Future Star, Aimant à Haters, Diva moderne/ 30 Janvier / Polydor)

 

Ren Harvieu - Through The Night (Shivaree fan de la Motown / 10 Avril / Island Records)

 

The XX - TBA (Ancienne hype Valium-pop minimaliste et sensuelle / Date de sortie et label indéterminés)

 

Of Montreal - Paralytic Stalks (Génies de la pop hyperémotive et skyzophrène / 8 Février / Polyvinyl )

d

 

Pop. 1280 - The Horror (Post-apocalypse entre Sonic Youth, Joy Division, et Nick Cave/ 24 Janvier / Sacred Bones Records)

 

Chairlift - Something (Synth-Pop positive attitude / 24 Janvier / Columbia)

d

 

A Place to Bury Strangers - Onwards on the wall (Shoegaze pour héroinoman / 7 Février / Dead Oceans)

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Published by Hank - dans Les news
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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 12:59

Se prendre pour Jean-Pierre Gaillard

 

2011 a été une année assez peu excitante musicalement: peu de groupes prometteurs (Youth Lagoon, Blouse, Yuck ?), des formations qui stagnent (The Horrors, Raveonettes, The Kills) , et des valeurs sûres qui s'effondrent (PJ Harvey, The Strokes, M83). Une année de transition où personne n'a réinventé la roue, et où on avait souvent l'impression d'une frilosité et d'un manque d'idées chez les artistes et groupes déjà installés (à part pour Metallica VS Lou Reed mais là on s'en serait passé), comme si la "crise" leur avait fait perdre l'inspiration. En regardant les tops albums rock à droite à gauche (NME, Pitchfork, Consequenceofsound, Uncut, Q), on sent une certaine uniformisation, signe de la baisse du nombre de découvertes musicales cette année: quand le buffet n'est pas varié, tout le monde bouffe la même chose. Sur ces considérations macro-économico-mediatico-gastronomiques à 10 cts d'euros, voici cinquante albums qui méritaient votre attention cette année:

 

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1/ Noel Gallagher - High Flying Birds

On a beau lui en vouloir un peu d'avoir laissé tomber Oasis pile lorsqu'ils remontaient la pente (avec de bonnes raisons), Noel a prouvé qu'il pouvait se débrouiller en solo avec High Flying Birds. Plus libre de prendre des risques (la pop à la Texas de "Aka What a life"), plus confiant pour déployer son chant (l'imparable "Death of you and me"), il fait tout en grand, et signe parmi ses plus beaux morceaux tout simplement ("If I had a gun", "Everybody's on the run"). Une leçon de songwriting.

 

http://www.musicsnitch.com/wp-content/uploads/2010/10/Kurt_Vile.png
2/ Kurt Vile - Smoke Ring For My Halo

C'est le quatrième album de Kurt Vile, et pourtant pour la majorité d'entre nous, c'est comme si le gars venait d'apparaître et de nous illuminer de son delta-blues electrisant et associal, comme un Springsteen qui aurait tourné grunge. Une raison simple: il passait une grande partie de son temps jusqu'à 2009 avec War on Drugs, très bon groupe de rock-shoegaze, et ses premiers disques étaient inégaux car un peu baclé. Avec sa gueule d'homme des cavernes, il balance coup sur coup des pépites mélodiques où il marmonne -comme prisonnier de ses pensées- les réflexions d'un homme qui doute de sa place dans le monde d'aujourd'hui: "Puppet to the man", "Society is my friend", "In my Time". Un disque sur lequel on passe du temps, on découvre des bribes de paroles qui nous échappaient, on entend une guitare qui était cachée, un détail qui nous rend chaque écoute passionnante. Mais on reste surtout fasciné par le charisme du monsieur, qui a tout pour reprendre les rennes de la folk américaine.

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3/ St Vincent - Strange Mercy

Annie Clark a fait aussi une percée cette année, chose assez incompréhensible car Strange Mercy est surement son album le plus étrange et skyzophrénique. Elle s'écarte un peu plus de la féérie de Marry Me et Actress, et continue d'expérimenter, défigurant ici le disco et là l'electro-pop ("Cruel", "Northern Lights"). Un album bipolaire où sa voix angélique et les arrangements (choeurs, violons, cuivres) basculent au gré d'une guitare tronçonneuse et de synthés dérangés. L'équilibre entre titres catchy et titres plus osés fait de Strange Mercy le meilleur album de Melle Clark, et le plus surprenant de l'année.

 

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4/ EMA - Past Life, Martyred Saints

Erika Anderson, sortie d'une rupture avec son mec (dans le groupe drone Gowns), sort un "brulôt" rock-noisy rempli à ras-bord de haine du genre humain et de lamentations. La blogosphère s'emballe, et, en retard, les journalistes pro la descendent à la vue de ses clips tape-à-l'oeil et de son paroles immatures. L'album fonctionne sur ce principe: une fille décide de cracher sur son enfance, la Californie, son mec, puis elle-même, puis regrette tout et donnerait tout pour quelques secondes de sa vie d'avant. Une vieille ado qui ne sait pas où elle va et ce qu'elle veut, mais exprime ses doutes et son innocence avec ce qu'il faut de riffs arides (Pj Harvey, Scoutt Niblett comme modèles) et de sincérité pour conquérir le monde. Chronique ici

 

http://www.whitewallmag.com/wp-content/uploads/2011/11/91-300x300.jpg

5/ Girls - Father, Son, Holy Ghost

On en a parlé, en chronique, dans le top 50 morceaux 2011, ce Father, Son, Holy Ghost est un album quasi parfait, pour un groupe qui ne m'avait pas vraiment marqué sur leur premier essai. Le chant se fait plus fragile, les mélodies plus rassembleuses, empruntant autant à la pop 60's (Buddy Holly) que 70's (Pink Floyd) pour redonner du sens à des traditions dites "ringardes" comme le slow langoureux ("My love is like a river"), la déclaration d'amour grandiloquente ("Vomit"), et la ballade dédicacée à maman ("Myma"). Chris Owens garde un peu le coté tête à claque ("Honey Bunny") mais passe le plus clair de son temps à chercher l'amour "le vrai" ("Forgiveness", "Just a song"). Un disque mièvre mais touchant, fleur bleue mais classe, aux airs évidents, mais qui relève de l'orfèvrerie musicale. chronique ici

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6/ Ty Segall - Goodbye Bread

A l'heure où on cherche de façon obsessive le "nouveau son du futur de la pop-music" (les effroyables Wu-Lyf ?), un type fait dans son coin le plus beau boulot de revivaliste des deux-mille-tizes en dix titres au psychédélisme 60's baignés dans un fuzz poissard. "Goodbye Bread", "You make the sun fry", "My head explodes" sonnent déjà comme des classiques. Ty Segall n'en oublie pas de jouer avec le schéma couplet-refrain pour mieux brouiller la piste du simple artisan nostalgique ("Fine"). Pas de grandes ambitions, mais de grandes chansons, c'est le principal.

 

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7/ Zola Jesus - Conatus

Agaçante diva pour certains, déesse d'une "dark-wave" (?) aussi personnelle qu'héroique pour d'autres, Zola Jesus ne s'est pas fait d'amis avec Conatus, en prolongeant les travaux entrepris sur Stridulum II: production clinique, efficacité pop, et élans lyriques. Ici, elle peaufine ses rythmiques industrielles ("Vessel"), ose illustrer son malaise sur le dance-floor ("Hikikomori"), et commence à se découvrir de vrais talents d'interprétation en gérant sa puissance vocale ("Skin"). Un disque qui envoûte et tient en haleine, même lorsque les ficelles sont très grosses. Pour moins de grandiloquence, voir le dernier Chelsea Wolfe, aux titres plus sombres et aux sonorités plus organiques. Chronique de Conatus ici

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8/ Ron Sexsmith - Long Player, Late Bloomer

Mon pêché guimauve de 2011, c'est le canadien dépressif mésestimé et sacrément moche aujourd'hui, Mr Sexsmith. Long Player, Late Bloomer reprend les grandes lignes qui parcourent sa discographie: mélodies claque-doigt, balades pour rocking-chair, pop de papy, rock de réac. Il sait faire sa sauce et si vous en prenez une cuillère, vous deviendrez pendant 3-4 min aussi abruti et heureux que Ted d'How I Met Your Mother qui tombe amoureux toutes les semaines. C'est plein de punch-lines que Sinatra aurait même pas osé faire genre "I'll have to call you back, I'm in the middle of love". "The reason why", "Believe it when I see it", "Love Shines", tout ça pue le veston à carreaux en laine de mouton, et la soupe aux légumes. Mais tout ça pue la classe aussi. Vous comprenez pas ? Ringard is the new Hype.

http://killhipsters.com/wp-content/uploads/2011/09/La_Dispute_Black_And_White_Band_Photo.jpg

9/ La Dispute - Wildlife

Après la chronique dithyrambique que je leur ai fais il y a quelques semaines, je ne vois pas quoi rajouter: ceci est un album de post-hardcore, ceci est un album poignant, récit de plusieurs faits divers américains par l'intermédiaire d'un chanteur abordant religion, criminalité, pauvreté, et autres joyeuseries, criant sa rage à tout bout d'champs, se remettant en cause, déballant son sac avec une verve incroyable, et toujours juste, jamais forcée. Le mec est clairement à la phase "est ce que l'humanité existe encore ?". Un groupe qui dépose ses tripes sur le buffet, cisaille ses rythmiques, groove sans temps morts. Une claque monumentale et surtout un des rares disques cette année qui fout les frissons par sa puissance émotionnelle.

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10/ Smith Westerns - Dye it Blonde

Un disque qui au départ devrait me faire fuir: mélodies et paroles sirupeuses, du synthétiseur (et des guitares qui sonnent presque pareil), un chanteur à la voix de minet et une production bubblegum à vous transformer en roudoudou aux premières secondes de "Still New" et son kitshissime "I wanna tell you you're hard to resist". Seulement quoi ? C'est un exutoire parfait à la morosité ambiante et aux groupes toujours plus lo-fi, toujours plus garage, toujours moins intéressés par l'art délicat de la chanson. Ils ont les solos qu'on rejoue inconsciemment les mains vides (le pont de "Still New", "Imagine Pt 3") et les refrains qui vous bouffent les lèvres ("Only One", "All Die Young", "Fallen in Love"). De la musique de bal de promo, qui fait appel à l'innocence des "premiers baisers". Et pour finir de vous effrayer, sachez que les Smith Westerns ont la capacité de vous faire aimer Elton John, vous flippez là hein ?

 

11/ Bjork - Biophilia

12/ Atlas Sound - Parallax

13/ Yuck - Yuck

14/ Mastodon - The Hunter

15/ James Blake - James Blake

16/ Emily Barker and the Red Clay Halo - Almanac

17/ Fleet Foxes - Helplessness Blues

18/ Colin Stetson - New History Warfare Vol 2: Judges

19/ Deus - Keep your Close

20/ Liturgy - Aesthethica

 

21/ Beirut - The Rip Tide

22/ Wooden Shjips - West

23/ Radiohead - King Of Limbs

24/ Thee Oh Sees - Castlemania

25/ Trail Of Dead - Tao of the Dead

26/ Decemberists - The King is Dead

27/ Washed out - Within and Without

28/ Black Keys - El Camino

29/ Laura Marling - A Creature I don't know

30/ Low - C'mon

 

31/ 93 Million Miles from the Sun - Northern Sky

32/ Dum Dum Girls - Only in Dreams

33/ Johnny Foreigner - Johnny Foreigner VS everyone.

34/ All Pigs must die - God Is War

35/ Metronomy - The English Riviera

36/ Blouse - Blouse

37/ Youth Lagoon - The Year of Hibernation

38/ Tv on the radio - Nine types of light

39/ King Creosote and Jon Hopkins - Diamond Mine

40/ War on Drugs - Slave Ambient


41/ The Do - Boths ways open jaws

42/ Marissa Nadler - Marissa Nadler

43/ The Living Kills - Faceless Angels

44/ Eleanor Friedberger - Last Summer

45/ Feist - Metals

46/ Jay Mascis - Several Shades of Why

47/ The Kills - Blood Pressures

48/ Caveman - Coco Beware

49/ Arctic Monkeys - Suck it and see
50/ Foo Fighters - Wasting Light

 

Merci à toutes les personnes qui sont venues sur ce blog, et celles qui sont revenues malgré les nombreux moments "sans posts", j'essaye d'être un poil plus régulier en ce moment : ) Bonne année musicale 2012.

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