L'actualité de la musique indépendante (rock, pop, metal ...) sans concession ni sectarisme, chroniques d'albums et de lives.
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Année: 2009
Label: Columbus Discount
Damo Suzuki's sons
En ce moment, l'expression "kraut-rock" revient dans les papiers de la presse dès qu'un groupe a le malheur de faire des sons vaguement hypnotiques sur une rythmique approximativement répétitive. En clair, on veut nous faire bouffer du lièvre alors qu'on veut du lapin (si si, on en veut). Bah ici j'ai de la vraie came, El Jesus De Magico, un nom qui s'invente pas (enfin si, mais bon ...), groupe qui nous vient de Columbus en Ohio, et qui aime les larsens comme on aime boire un café le matin.
Tout dans ce disque pue la jam à 4h du matin, dans un squat crasseux où les murs sont recouverts d'emballage d'oeufs en carton pour insonoriser au moins symboliquement ce foutoir noisychédélique qu'est Scalping The Guru. On arrive dans la salle, et PAF le gars accroupi au fond de la salle tenant sa guitare sur un mi-suraigu plaqué contre son ampli Peavey avec sa main droite se choppe un buvard de la main gauche et inhale un peu de souffle spiritique.
Le batteur, torse nu lui, balance tranquille ses petits "batons de bois" comme il les appellent, de façon fixe, organique et répétitive sur des peaux de tom qui ont toutes le même son, mais lui il s'en fout avec son bon vieux beuz presque fini à la bouche. Et puis y'a le deuxième guitariste qui fait la mélodie, il trouve le truc, celui qui revient inlassablement mais jamais de la même façon, et sa pédale d'effet est réglé par l'apparition exceptionnelle de Michael Karoli, moustache rebroussée et oeil vigilant. Le chanteur lui, ne chante pas, normal quand on veut jouer au gourou. Un écho aux raisonnances de Casserole Tefal des années 80 le rend quasiment inhumain, même avec des enceintes Dolby THX Surround sa mère, on comprendrait toujours rien à ses conneries.
Et comme ça, ça dure 35 min qui semblent faire une heure, et bon dieu ce que ça sent la drogue tout ça, c'est presque une insulte tellement il est inutile de le dire au bout de 5 secondes d'écoute, ce disque ne vit qu'a travers le surréalisme des moments où l'on ne controle plus son corps, et à peine son esprit.
On est comme planté là, dans ce squat, sur le canap, trop raide pour bouger, le verre a moitié plein sur la table basse nous fait la gueule, du coup on essaye de dormir, mais ce son résonne, torture et en même temps pousse nos nerfs plus loin que n'importe quelle réflexion philosophique structurée.
On en sort bizarrement heureux, parce que peu d'albums décrivent ces moments qui semblent futiles lorsqu'on ne les a pas vécu, et ce Scalping The Guru pourrait bien être la meilleure relève à l'esprit de Can qu'on ait trouvé dans ces années 2000. Intransigeant, et fascinant.
www.myspace.com/eljesusdemagico