L'actualité de la musique indépendante (rock, pop, metal ...) sans concession ni sectarisme, chroniques d'albums et de lives.
Année: 2009
Label: Sire Records
One more time, without feeling
Regina Spektor, au départ, c'est une fille irresistible. La pulpeuse New-Yorkaise qui a commencé au piano-voix dans des cabarets sombres au début des années 2000 s'est fait connaître difficilement, avant de rencontrer The Strokes et leur producteur Gordon Raphael qui l'ont pris sous leur aile pour une tournée américaine en 2005 qui coincidait avec la sortie de Soviet Kitsh, surement son chef d'oeuvre inégalable. Destin parfait donc, reconnaissance sans compromis artistiques, on attendait clairement le prochain album pour la placer parmi les meilleurs songwriters de la décennie.
Pour l'explosion, on a mis sur le coup un nouvel ami des Strokes (David Kahne) qui leur a modelé le titanesque (et pompier) First impressions of earth, mais là ou Julian Casablancas compensera une production pharaonique par sa rage et ses paroles ambigues, Regina fera de Begin to Hope, son passage du coté mièvre de la force.
Rattrapé par quelques titres qui viennent bien entendu d'anciennes face-b ou de son premier album introuvable, la malice qui était pour l'instant son atout devient une faiblesse quand elle n'a plus aucun relief sur des titres comme « Fidelity », « On the Radio » ou « That Time ». Cette rétrospective un peu longue pour expliquer que Far poursuit dans la volonté de David Kahne, et surement de Miss Spektor, d'aplatir son propos sous une montagne de bons sentiments. On se demande bien où est passée la jeune fille au cynisme et à l'écriture si précise lorsqu'on écoute le single Blue lips (« Blue, the color from far far away »), le gentillet « Folding Chair » noyé sous les arrangements inutiles (batterie en tête), ou l'ultra téléphoné « One more time with feeling ».
Mais là on on semble écrasé sous des piles de mouchoirs usagés, c'est quand vient à nos oreilles les couplets de « Laughing with » qui raconte comment certains trucs de la vie sont pas très droles (les cancers, les soldats morts, les enfants qui sont toujours pas rentré le soir alors qu'il est plus de 23h), puis le conte digne d'un téléfilm d'M6 nommé « Genius next door » avec sa mélodie très « tiens si je faisais mes gammes », « Eet » que l'on pourrait vendre à Coldplay pour son prochain délit culturel et enfin la cerise sur l'bateau :« Human of the year » dont le nom suffit à imaginer le pathos concentré qu'on peut y trouver (refrain: « Human, human of the year, you won » avec un passage « alleluia »).
Difficile de comprendre comment la jeune et talentueuse pianiste au charisme ébouriffant est devenue un puit sans fond de lieux communs. Le fan des débuts (que je suis) tente de sauver quelque chose, « Dancing anthem of the 80s » est à ce titre un oasis au milieu de ce désert artistique, inventif et drôle. « The wallet » et « Folding Chair », les moins touchées par les arrangements sont aussi à sauver du naufrage.
Pari semi-manqué pour Spektor, elle réussit a faire pleurer l'auditeur, mais seulement sur sa tombe.
www.myspace.com/reginaspektor (album en écoute intégrale)