L'actualité de la musique indépendante (rock, pop, metal ...) sans concession ni sectarisme, chroniques d'albums et de lives.

Sur le fil
Vic Chesnutt, songwriter à la grande carrière (At The Cut est le 14ème album depuis Little en 1990) a eu une destinée toute particulière: après un accident de voiture à 18 ans qui le laissera paralysé il continuera la guitare et montrera un talent pour dessiner une folk qui mêle le spleen et la poésie, un style si particulier qu'il aura son propre tribute album dès 1996 avec pour guests Smashing Pumpkins, Garbage, Madonna, et REM bien sûr, Michael Stipe étant son plus grand fan et producteur de ses premiers disques. Malgré cette reconnaissance de la profession il faut avouer que sous nos latitudes, hors des érudits, on a peu/pas entendu parler de Vic Chesnutt avant le magnifique North Star Deserter en 2007 qui annoncait son retour, signé sur Constellation (Le label post-rock de référence) et entouré par les musiciens de Silver Mt Zion, soit un projet quasiment impossible à foutre en l'air.
Il enchainera sur un autre projet collaboratif avec Elf Power, l'album Dark Developments tout aussi réussi, et qui confirme qu'il n'y aura pas de 21ème siècle sans ce vieux bonhomme qui captive l'audience à chaque concert par sa voix puissante et fragile en même temps. Ce petit retour sur le passé pour ne pas laisser les non-initiés sur le bord du chemin puisque At the cut peut plaire, comme les albums précités, à n'importe qui avec un coeur et des oreilles.
Ici Chesnutt reprend là où North Star Deserter s'était arrêté puisque c'est encore Silver Mt Zion qui l'entoure, et que le premier titre, "Coward" était joué en rappel sur la tournée de cette formation, et autant dire qu'on reçoit presque autant de frissons que lorsqu'on était dans la salle, pétrifié par la force de ce titre. La recette reste simple, mais les compositions touchent toujours au sublime par leurs arrangements, par la maîtrise du chaud et du froid: "Chinaberry Tree" éblouit par sa progression, "We hovered with short wings" est un blues désespéré où Vic place une voix aigue presque sourde et mourrante, et lorsqu'il sort les crocs et se la joue post-rock noisy sur "Philip Guston" il tape encore une fois dans le mille.
On a tout de même le droit de respirer un peu sur des airs moins tendus, down-tempo à la slide-guitar pour "Concord Country Jubilee", et pratiquement pop sur "Flirted with you all my life". La fin d'album ne déroge pas aux codes du vieil homme: blues sec et sans glaçon sur "It is what it is" et poignard de sincérité sur "Granny" qui achève de nous mettre dans cet état d'admiration et de tristesse que Vic Chesnutt inspire, presque miraculeusement, dès qu'il chante. On a presque du mal à sortir d'un tel disque, et à réaliser qu'après près de 20 ans de carrière, on arrive à rendre son propos toujours aussi moderne, et garder son talent toujours intact.
Magnifique.
www.myspace.com/vicchesnutt