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The Incident - CD1
Difficile de chroniquer The Incident sans faire écho à la discographie de ce groupe prolifique (10 albums au compteur). Pour commencer, The Incident se compose d’un album de quatorze titres et un d’un EP de quatre. Comme tout groupe de progressif qui se respecte, Porcupine Tree a produit un album conceptuel sur lequel les quatre chansons de l’EP n’avaient lieu d’être.
The Incident est conceptuel dans la forme. Quatorze morceaux, Time Flies, le long septième morceau est la pièce centrale du puzzle. Les premières et dernières chansons font au total entre 18 et 24 minutes et sont pour la plupart très courtes (moins de 3 minutes pour sept d’entre elles), critère hors-normes dans la masse progressive.
Sur le fond, Steven Wilson explique: "Il y avait un panneau qui disait « Police – Incident » et tout le monde ralentissait afin de tendre le cou pour voir ce qui s’était passé. Après coup, il m’est apparu que « incident » est un mot indifférent pour décrire un évènement aussi traumatisant et destructif pour les personnes concernées. […] L’ironie d’une telle expression pour des évènements séismiques m’a interpellée et j’ai commencé à recueillir d’autres incidents transcrits par les news et les médias. […] Chaque chanson est écrite à la première personne et tente d’humaniser les reportages médiatiques détachés." Ecoutez les paroles de la chanson titre pour vous rendre compte du message de Wilson.
Un autre « détail » à mentionner : Porcupine Tree a signé sur Roadrunner Records (label spécialiste en heavy) pour The Incident. Ainsi, on aurait pu s’attendre à une flopée de morceaux à la Wedding Nails ou Open Car (respectivement sur In Absentia et Deadwing). Au contraire, les morceaux lourds sont souvent orientés Indus : synthés, voix arrangée façon garage, guitares droniennes. On remarquera la présence d’un riff Toolien sur Circle of Mania mais la brièveté du titre occulte les intentions du groupe qui se font oublier une fois que la guitare acoustique entame la piste suivante.
Enfin, venons-en au cœur du sujet. The Incident est un album qui passe vite, très vite. Comme d’habitude, Porcupine Tree nous sort la formule magique : celle d’un album qui s’écoute d’une traite. La structure de l’album est aussi simple qu’une formule mathématique : Times Flies est la constante c autour de laquelle gravite des a + b. A pour acoustique, B pour bourgeonnement d’idées. Les mélodies sont hyper travaillées comme sur Drawing the Line où l'intro fait la part belle au piano et à la voix, laisse les guitares s'emballer avant de finir sur un solo de gratte magistral. Les passages d’acoustique en électrique sont calculés à la milliseconde comme du Opeth de l'époque de Blackwater Park (illustration avec la perle Octane Twisted). Time Flies, du haut de ses onze minutes quarante, est divisé en quatorze parties (i.e. : nombre de morceaux sur l’album) ; si bien qu’à lui seul, il explique le cycle de l’album. Kneel and Disconnect et Your Unpleasant Family se font écho par leur beauté explicite et simple, preuve que Porcupine Tree sait se défaire des entrelacements complexes qui parfois, fatiguent le cerveau.
The Incident est un manuel de rock progressif en lui-même. Mettez-le dans les mains de n’importe quel autre groupe à qui il manquerait ne serait-ce qu’un dixième du talent de Porcupine Tree et ce serait un échec total. Ce qui lui donne cette grandeur homérique, c’est cette justesse et précision que Steven Wilson lui implémente. Ce n’est pas un album accessible. Il faut accepter de s’y attacher, et avec le temps, il se peut que The Incident soit le chef d’œuvre du groupe. A vous d’en décider.
The Incident - CD2
Ce serait dommage de finir cette chronique sans parler du deuxième CD. Le groupe a donc laissé quatre titres de côté puisqu'ils n’entraient pas dans le concept de base. On revient au Porcupine Tree que nous avons laissé sur Fear of a Blank Planet. Les morceaux sont plus solides et plus bruyants. Flicker est la version moins onirique d’Anesthetize mais on ne peut s’empêcher de comparer les deux morceaux, ne serait-ce que pour la longueur. Remember me Lover et Black Dahlia sont deux titres parfaitement Porcupiniens.
Les fans du groupe pourront se ruer sur ces quatre titres si la patience leur manque pour découdre The Incident (CD1). Une valeur sûre.
http://www.myspace.com/porcupinetree