Benjamin Biolay est, que les pisse-froids ou moqueurs le moquent ou non, un des grands compositeurs français de cette décennie. Bien sûr il ne fait rien pour être aimé, il apparait peu dans les médias (ou seulement dans les médias dits "bobos", Télérama, Inrocks and co), il a toujours l'air de se foutre du monde par sa désinvolture, il parle plus qu'il ne chante, il trimballe sa désillusion amoureuse sur chacun de ses disques et cerise sur le gateau, il travaille pour à peu près tout le monde et surtout n'importe qui (de Keren Ann à ses débuts, puis Henri Salvador jusqu'à Carla Bruni ou Isabelle Boulay).
La seule véritable comparaison à faire avec le grand Gainsbourg est que Biolay "sponsorise" ses propres albums en cachetonnant pour des gens plus bankables et aimés que lui. En dehors de ça, avec son dernier album Trash Yéyé, concentré de rancoeur et de mélancolie sublimé, il avait, dans le dénigrement médiatique presque total, sorti surement son meilleur disque et en même temps affirmé sa place au dessus de la masse des chanteurs français. La Superbe, double-album qui lui aussi semble parti pour n'interesser que les fans et les avertis, est clairement une auto-biographie du bonhomme. Tout est livré ici, et hors du single "La Superbe" qui illustre ses moments de paranoia pleine d'hallucinations, cet album est plus terre à terre et sincère que tout ce qu'il a jamais écrit.
Qui dit double ration, dit souvent "à boire et à manger", et La Superbe est un combat entre les deux Biolay, le personnage naif qui rêve de clichés romantiques à la vision caricaturale du monde, et le poète désabusé, mettant en scène ses expériences échouées, ses erreurs, ses regrets.BB n'a jamais su grandir et devenir un adulte "responsable" ( Les bouleversant "Ton héritage" et "Jaloux de tout"), il ne croit plus au couple (Brandt Rhapsodie), à la repentance ("Raté"), il joue l'artiste maudit ("Padam", "L'espoir fait vivre") et il va même jusqu'à douter de l'amour dès sa naissance ("Tu es mon amour").
Le point d'orgue de l'album est le lyrique "Night Shop", aux cuivres et violons sublimes sur lesquels se pose le Biolay d'aujourd'hui, utopiste et réaliste à la foi, attachant au final. Bien sûr il n'y a pas que des réussites, mais les titres pré-cités permettent de pardonner ses écarts de conduite ("Reviens mon amour", "Prenons le large" ou "Sans viser personne" dont les paroles sont franchement en deça du reste). "15 Septembre" boucle la boucle en reprenant une partie du thème de son binome "15 aout" qui introduisait l'album et de "Brandt Rhapsodie" qui se trouve pile au milieu de la collection: le tout forme un moment des plus cinématographiques et réussis que Biolay a écrit dans sa carrière.
La Superbe est un journal intime, aux allures de testament sur certains titres, il y a tout ce que son auteur a pu donner de lui même, en bon (souvent) en mauvais (rarement) et nulle doute que la tournée qui suivra la sortie de l'album (octobre) en 2010 sera une rude épreuve pour celui qui a décidé de ne plus prendre un rôle. Sur Facebook il y a peu, BB envoyait un message à ses fans pour dire que le titre "La Superbe" était écoutable "si ça interesse quelqu'un", comme s'il était déja résigné, comme s'il n'avait plus rien a perdre, et c'est souvent quand on a plus rien à perdre qu'on donne le meilleur de soit.
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Biolay envoie en l'air toute la chanson française en alternant ou en mélangeant des violons grinçants, des explosions de cuivres, un piano intime, de la pop dissipée de jazz et d'électro, le débit<br />
du hip-hop, un slam à deux voix<br />
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