Anti-Pop Consortium déclarent leur véritable retour après une tournée de reformation en 2008 qui a permis de juger de leur toujours grande popularité chez les esthètes hip-hop. Fluorescent Black fait suite à Arrythmia (2002) leur masterpiece qui les a révélé, grace a Warp, comme les patrons d'un hip-hop sombre aux instrus expérimentales (associé au Glitch) servi par une bande de Mcs (Beans, High Priest, M. Sayyid) aux flows particuliers, tantôt syncopés ou fulgurant.
Difficile donc de revenir en fin de décennie pour remettre son titre en jeu et montrer qu'Arrythmia n'était pas un coup d'éclat. Les nouveaux Anti-pop Consortium sont en fait plus accessibles sans pour autant perdre de leur folie et leurs tics: toujours faire basculer leur son d'une ambiance à l'autre, rebondir toutes les deux minutes, placer des interludes barrés, toujours prendre à revers l'auditeur et ne jamais le laisser s'installer dans un beat trop longtemps.
Evitant de trop jouer au puzzle sonore d'Arrythmia qui pouvait perdre l'auditeur, l'album aligne les tubes en restant aussi varié que les précédents: l'intro "Lay me down", "Shine" et "Reflections" caressent dans le sens du poil en restant ultra-efficaces, on remue un peu plus les neurones sur "C thru U" et ses triturages rythmiques, "The Solution" à l'esprit post-apocalyptique, "Superunfrontable" qui plane dans des sphères brumeuses, ou "Capricorn One" clairement dédié aux esprits drogués avec ses syncopes en boucle.
Ils ne se sont pas calmé, juste concentré pour éviter de s'éparpiller et sortir des moments d'anthologie aussi malades qu'accrocheurs comme "Born electric" où ils miment une pop dégueulasse avant de balancer une sale instru vicieuse sortie de leurs égouts, ou "End Game" qui mettra a l'épreuve votre attention, le flow déterminant les blip et les blop et pas l'inverse. La sensation de se faire mener par le bout du nez par Earl Blaize (producteur/DJ) est ici tellement agréable que vous voudrez surement vous repasser en cours d'écoute tel ou tel morceau, minute, seconde que vous n'avez qu'a peine aperçu, compris, entendu. Ce fourmillement de détails est une patte que peu de DJ savent glisser dans des prods de hip-hop, et rend le tout encore plus addictif.
Fluorescent Black est une suite de cartes postales de l'underground de la Big Apple, celle des paranos, des drogués, de l'amérique urbaine malade entre rêve et réalité. Les fans retrouveront leurs sonorités torturées et leurs coups de folies, les anciens réfractaires au genre repenseront leur jugement face à ces morceaux puant la classe, la maîtrise et la concision. Un must-have comme on dit aux states.