Sans bouchon d'oreille
Sur le papier, cette soirée à la Button Factory (Dublin) est excitante pour tout metalleux qui se respecte et suit les déviances du genres: noise-metal, sludge-metal, screamo, post-hardcore, avec même un brin de psychédélisme pour la tête d'affiche, on avait de quoi se secouer la nuque. Lorsque le trio canadien Ken Mode arrive sur scène pourtant, le public lui ne semble pas encore arrivé, ou pas encore réveillé. Jesse Matthewson (chant/guitare) ne se fait pourtant pas prier pour hurler sa rage dans le malheureux micro alors que ses comparses font crisser les enceintes dans un brouhaha qui prend aux tripes. Les premiers titres possèdent la violence mais le son est trop opaque pour discerner les tournures et différencier refrain-couplet.
L'autre frère Matthewson, Shane, est le seul à véritablement capter l'attention grace à une technicité et une explosivité de tueur de fut. Heureusement lorsqu'on échappe au
noise-metal pour basculer vers le post-hardcore, avec des riffs plus précis, un meilleur son, et des structures plus amples, c'est un bonheur pour les cheveux longs et les grosses barbes. Jesse
crache sur la scène, vers le public, fixe avec des yeux exorbités un pauvre spectateur, entre deux insultes à dieu et à la race humaine, c'est un spectacle assez saisissant, surtout quand il vous
mime une mort annoncée, le pouce glissant sur son cou.
Circle Takes The Square, de Savannah en Georgie, ont eux une approche beaucoup moins directe et hésitent tout le temps entre screamo couillu, punk-hardcore, grindcore et, aussi étrange que ça puisse paraître, post-rock. Entendons-nous bien, ces genres sont à chaque fois abordés et mixés dans un même morceau, jamais séparément. Et leur mélange est souvent brutal et insatisfaisant. On sent aussi un déséquilibre entre la voix tantôt féminine tantôt rugissante de Kathy Coppola (Basse), celle très forcée de Drew Speziale (Guitare) et les growls inconsistant de Caleb Collins (Batterie). On est frustré car musicalement certains passages font preuve d'une vraie audace et sont de vraies réussites, mais ils sont peu nombreux et gachés dès qu'un des deux poilus cités au dessus approche le micro.
Kylesa ne feront pas preuve d'audace ce soir mais jouent un set millimétré avec une maestria que les deux groupes précédent doivent envier. Introduire un concert avec le gargantuesque "Said And Done", et enchaîner avec le labyrinthe de riffs puissant "Only One" tout deux issus du chef d'oeuvre Static Tensions, c'est remettre les choses à leur place: Kylesa est un grand groupe live. L'enchaînement avec les morceaux de Spiral Shadow se fait tranquillement tandis que Laura Pleasant (Guitare/chant) prend à chaque morceau des postures de plus en plus héroiques, dignes d'un Slash en pleine November Rain. Philipp Cope (Guitare/chant) prend lui ses parties vocales avec sérieux et ne bouge pas d'un poil, regard vers l'horizon.
Au milieu, le nouveau bassiste s'amuse comme un gosse sur les titres plus mélodiques du dernier album, et n'hésite pas à taquiner ses camarades. On remarquera à peine que leurs
premiers disques sont totalements oubliés (un titre pour Time will fuse its worth et To Walk a Middle
Course). Tout est furieusement précis et efficace, et lorsqu'on entend les premières secondes de "Unknown Awareness", le frisson d'une grande machine à remuer les cerveaux enfumés nous
parcoure de haut en bas. On aura même un rappel se terminant sur un des plus grands titres de métal de ce siècle, "Scapegoat", joué à vitesse maximum, où les deux batteries sont à ça d'exploser
en lambeaux, tandis que le public se bouscule de bonheur. Chan-mé, comme on dit.




Cet éternel aller-retour entre les classiques du songbook de Gallagher (et il en a des dizaines) et son nouveau répertoire s'avère frustrant, et ce ne sont pas les
ennuyantes faces-b "Talk Tonight" et "Half the world away" qui vont faire monter la sauce. Le show se termine étrangement sur l'efficace "Soldier boys and jesus freaks" et "Stranded on the wrong
beach", parmi les titres les plus relaxés du disque des oiseaux qui volent haut (ça fait con en français hein ?). Bien entendu, un rappel façon best-of arrive, mais lui aussi bascule entre
l'imparable et le discutable: "Whatever" soulève les foules mais manque de pêche, "Little by little" est toujours aussi pleurnicharde, mais "The Importance of being Idle" remonte la pente, et
"Don't look back in anger", comme à son habitude, réconcilie tout le monde. Les irlandais se prennent par l'épaule, se gueulent les paroles dans l'oreille, renversent de la
Carlsberg sur leur jogging en basculant de gauche à droite dans une béatitude digne d'une victoire en Coupe Du Monde de rugby. Ils étaient venus pour ça eux, se souvenir des
belles choses. Moi, j'attendais qu'on tourne la page, et qu'on ne fixe plus le cadavre dans le blanc de l'oeil, tant pis.